Le 11e Prix Carmignac du photojournalisme, consacré à la République démocratique du Congo (RDC), a été attribué au photographe canado-britannique Finbarr O’Reilly. Le projet « Congo in Conversation » sera lancé officiellement le mardi 28 avril 2020 à 18h, en direct sur le compte Instagram du festival Visa pour l’image et sur le site internet dédié.

Présentation du Prix Carmignac du photojournalisme

En 2009, face à une crise des médias et du photojournalisme sans précédent, Édouard Carmignac crée le Prix Carmignac du photojournalisme pour aider les photographes sur le terrain. Dirigé par Emeric Glayse, le Prix Carmignac du photojournalisme soutient, chaque année, la production d’un reportage photographique et journalistique d’investigation sur les violations des droits humains dans le monde et les enjeux environnementaux et géostratégiques qui y sont liés. Sélectionné par un jury international, le lauréat reçoit une bourse de 50 000 € lui permettant de réaliser un reportage de terrain de six mois avec le soutien de la Fondation Carmignac qui finance, à son retour, une exposition itinérante et l’édition d’un livre monographique.

Les éditions du Prix Carmignac du photojournalisme ont successivement traité de Gaza (Kai Wiedenhöfer), du Pachtounistan (Massimo Berruti), du Zimbabwe (Robin Hammond), de la Tchétchénie (Davide Monteleone), de l’Iran (Newsha Tavakolian), de la Guyane (Christophe Gin), de la Libye (Narciso Contreras), du Népal (Lizzie Sadin), de l’Arctique (Kadir van Lohuizen et Yuri Kozyrev) et de l’Amazonie (Tommaso Protti).

Lauréat : le photographe canado-britannique Finbarr O’Reilly

Cette année, le jury était composé de :
– Simon Baker, directeur de la Maison européenne de la photographie (MEP),
– Julienne Lusenge, présidente du SOFEPADI et directrice du Fonds pour les femmes congolaises (FFC),
– Maryline Baumard, rédactrice en chef du Monde Afrique,
– Fiona Shields, directrice de la photographie du Guardian,
– Comfort Ero, directice Afrique de Crisis Group,
– Tommaso Protti, lauréat de la 10e édition du Prix Carmignac du photojournalisme,
– Meaghan Looram, directrice de la photographie du New York Times.

Le prix a été attribué à Finbarr O’Reilly, photographe indépendant et journaliste multimédia. Auteur d’un récit de souvenirs paru chez Penguin Random House en 2017, Shooting Ghosts, A U.S. Marine, a Combat Photographer, and Their Journey Back from War (La chasse aux fantômes, retour du front d’un Marine et d’un photographe de guerre), il est par la suite choisi pour réaliser les images de l’exposition « Crossroads Ethiopia » autour du prix Nobel de la paix 2019 Abiy Ahmed Ali. Finbarr O’Reilly a vécu douze ans en Afrique occidentale et centrale et couvert vingt ans de conflits en République démocratique du Congo, au Tchad, au Soudan, en Afghanistan, en Libye et à Gaza. Il est fréquemment publié dans le New York Times et son travail lui a valu de nombreuses récompenses professionnelles, dont le premier prix dans la catégorie Portraits au World Press Photo Awards en 2019. Il a également été lauréat du World Press Photo of the Year en 2006. Finbarr O’Reilly, installé à Dublin, est l’un des grands témoins de Under Fire: Journalists in Combat (Sous le feu : des journalistes au combat), documentaire sur les dommages psychologiques du reportage de guerre, sélectionné pour les Oscars 2012 et lauréat d’un Peabody Award en 2013.

Le projet : « Congo en conversation »

La 11e édition du Prix Carmignac du photojournalisme se propose d’explorer avec un optimisme prudent l’avenir de la République démocratique du Congo, en documentant les dures réalités qui freinent l’essor d’un pays exploité depuis des générations. Avec la pandémie de coronavirus, le projet se focalise sur la manière dont les Congolais affrontent cette crise sanitaire mondiale alors que le pays émerge à peine d’une épidémie dévastatrice d’Ebola et de la pire flambée de rougeole au monde. Les hôpitaux américains et les villages italiens constituent aujourd’hui la ligne de front de la pandémie mondiale, mais les épidémiologistes et autres experts en santé publique prévoient que le coronavirus va se propager dangereusement au sud et submerger des nations en développement, déjà accablées par des systèmes de santé défaillants, des gouvernements fragiles et des populations appauvries pour lesquelles la distanciation sociale est pratiquement impossible.

Le Prix Carmignac offre à des voix congolaises une tribune pour contribuer à la conversation mondiale. Cette pandémie est déjà en train de confronter les nations les plus pauvres du monde au plus grand dé économique depuis des décennies. Près de la moitié des emplois en Afrique pourraient être perdus, selon l’ONU, et les citoyens vivant sous des régimes faibles ou répressifs courent le risque majeur d’être exclus de la course mondiale aux médicaments et aux respirateurs. Un autre virus – celui de la rougeole – ravage déjà la RDC. Depuis janvier 2019, plus de 6 500 enfants en sont morts et 335 000 autres ont été infectés, selon les dernières données de l’OMS. Le tout dans un pays toujours en guerre avec lui-même, où des dizaines de groupes armés s’affrontent régulièrement dans les provinces de l’Est et où, ces derniers mois, d’obscures milices ont massacré des centaines de civils.

La RDC a cependant un avantage. Ayant affronté ces dix-huit derniers mois l’une des pires épidémies d’Ebola, avec 3 453 cas et 2 273 morts, le pays a des outils pour répondre à une nouvelle flambée virale. Cette crise montre que les responsables congolais suivent de près les recommandations de l’OMS et, une réponse rapide est cruciale pour endiguer le virus.

Le 24 mars, le président Félix Tshisekedi a déclaré l’état d’urgence nationale et fermé les frontières pour limiter les infections. Déjà habitué aux mesures de prévention contre les infections virales, le pays a maintenu des pratiques essentielles d’hygiène publique: contrôle généralisé de la température, mise en place de stations de lavage des mains aux points d’entrée, installation de lavabos dans les lieux publics (marchés, centres de santé, etc.), distribution de savons et de produits détergents, et une campagne de sensibilisation aux risques de contamination à base d’affiches, de dépliants, de spots radio et via les réseaux communautaires.

La majeure partie du pays est con née, mais des millions de Congolais dépendent de l’économie informelle et vivent en marge, avec peu ou pas de protection sociale. Vendeurs de rue, commerçants et conducteurs de motos taxis survivent au jour le jour et disposent rarement de biens ou d’épargne. Beaucoup n’ont ni eau courante ni électricité, que le gouvernement a pourtant promis de fournir pendant la pandémie. Et le principe de distanciation sociale est encore impossible à respecter alors que beaucoup de Congolais vivent dans des chambres ou des quartiers surpeuplés.

Avec un réseau de journalistes et contributeurs travaillant dans le respect de l’éthique et des standards journalistiques professionnels, le projet « Congo en conversation » du Prix Carmignac a pour vocation de documenter les atteintes aux droits humains et à l’environnement en offrant des analyses inédites, des instantanés de la vie et des luttes quotidiennes dans cet immense pays au moment où il affronte une crise sanitaire sans précédent.

Un mode opératoire bouleversé par la pandémie

Le reportage de Finbarr O’Reilly a débuté en janvier, avant que la pandémie ne bouleverse nos vies et nos modes de fonctionnement. En raison de l’aggravation de la situation sanitaire internationale et de la fermeture progressive des frontières, Finbarr O’Reilly et l’équipe du Prix — en lien étroit avec les membres du jury et du pré-jury de la 11e édition — ont repensé leur mode opératoire et adapté le Prix et le reportage à la crise que nous traversons.

La Fondation Carmignac a donc l’honneur de présenter « Congo in Conversation » (Congo en conversation) de Finbarr O’Reilly, un reportage collaboratif en ligne, réalisé avec la coopération étroite de journalistes et photographes congolais (ou basés en RDC) travaillant dans le respect des consignes de sécurité, d’éthique et des standards journalistiques professionnels.

Basé sur un site internet, créé pour l’occasion, et relayé sur les réseaux sociaux du Prix Carmignac, « Congo in Conversation » proposera une production inédite d’écrits, de reportages photos et de vidéos. Il documentera ainsi les défis humains, sociaux et écologiques que le Congo affronte aujourd’hui, dans le contexte d’une crise sanitaire sans précédent.

Suivez le lancement officiel de « Congo in Conversation » en direct sur le compte Instagram du festival Visa pour l’image, le mardi 28 avril 2020 à 18 h et sur le site internet dédié.

 

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Photographie de Une – Des voisins et employés de la Croix Rouge en tenue de protection se rassemblent devant le domicile d’une fillette de 11 mois décédée lors de l’épidémie d’Ebola dans la ville de Rutshuru au Nord-Kivu, février 2020 © Finbarr O’Reilly pour la Fondation Carmignac



 

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