Près d’une cinquantaine de galeries se sont regroupées pour continuer à faire d’Arles la capitale française de la photographie, même en l’absence des célèbres Rencontres. Du 26 juin au 5 septembre, les expositions proposées par le réseau Arles contemporain seront ponctuées de temps forts avec des concerts, des lectures et du cinéma en plein air.

Avec l’irruption de la pandémie et l’annulation des Rencontres de la photographie, l’association Arles contemporain, créé « il y a une petite dizaine d’années » et regroupant jusqu’à il y a peu une quinzaine de lieux, est devenue la plaque tournante du festival culturel qui se déroulera dans la cité provençale du 26 juin au 5 septembre.

Festival hors normes, du fait du caractère inédit de la situation actuelle, « Arles été 2020 » rassemble dorénavant près d’une cinquantaine de lieux et prévoit des manifestations culturelles multiples, intégrant des arts aussi divers que le cinéma, la musique, le spectacle vivant et la littérature, avec Actes Sud et l’association du Méjan.

Entretien avec Anne Clergue, l’une des coordinatrices du projet.

Comment avez-vous vécu ces trois derniers mois ?

Ce fut d’abord la sidération. Nous avons perdu les notions d’espace et de temps… Encore aujourd’hui, je me sens en décalage. Ce qui m’a le plus manqué, c’est de ne pas pouvoir communiquer avec l’extérieur. Comme j’ai la chance d’avoir une galerie avec une grande vitrine, au-dessous de mon habitation, j’ai donc commencé à l’aménager avec une sculpture de la Vierge Marie, une œuvre d’Église tout à fait banale mais qui est importante dans ces moments un peu compliqués. Je l’ai mise sur le socle dans la vitrine, avec tantôt une bougie, tantôt un bouquet de fleurs, tantôt des palmes d’un artiste que j’ai exposé… J’ai essayé de faire une mise en scène pour communiquer avec l’extérieur, pas en paroles, mais par des images. C’est un acte symbolique, le seul moyen que j’ai trouvé pour être en relation avec l’extérieur. J’ai vu des gens s’arrêter, regarder et même prier. Cela m’a incité à continuer… J’ai donc continué à exposer des œuvres artistiques.

Lorsque le couperet est tombé sur les Rencontres de la photographie d’Arles, comment vous êtes-vous organisés pour proposer un événement fédérateur ?

Ce fut certes un coup de bambou, mais Arles existe depuis des milliers d’années sans les Rencontres, sans les Suds, etc. Nous avons donc décidé de nous mobiliser et de trouver de nouvelles idées, afin de montrer qu’Arles est une ville profondément culturelle, à la fois antique et contemporaine. De manière spontanée, nous avons décidé de réveiller « Arles contemporain », qui était en sommeil : la présidente a décidé d’ouvrir le site internet à la communication de toutes les galeries d’art, même si elles ne faisaient pas partie du réseau au départ. L’enjeu est de donner une visibilité à tous les désirs de présenter une exposition de photos, d’art plastique et autres. Arles contemporain est un réseau déjà structuré depuis une petite dizaine d’années, sous forme associative et avec un site existant, ce qui nous a permis d’avancer rapidement sur le projet.

Quels sont les acteurs culturels qui ont rejoint Arles contemporain ?

Une cinquantaine de lieux se sont regroupés autour d’Arles contemporain : des galeries ouvertes à l’année, des lieux éphémères, des institutions comme la fondation Van-Gogh, le musée Réattu ou encore la fondation Manuel Rivera-Ortiz… Nous avons également été rejoints par d’autres secteurs artistiques. Actes Sud organisera par exemple des lectures avec l’association du Méjan. Il y aura du cinéma avec des projections en plein air, de même que des concerts de rue et des promenades photographiques. Tout ça forme « Arles été 2020 ».

Quels sont les temps forts de cet été arlésien ?

Nous avons décidé de commencer cet événement estival le 26 juin, avec l’ouverture de la fondation Van-Gogh qui présente sa nouvelle exposition, et de le terminer le 5 septembre. Trois temps forts rythmeront ce festival, qui correspondent au premier week-end de chaque mois : du 3 au 5 juillet, du 31 juillet au 2 août et du 4 au 6 septembre. Des performances, des concerts et autres manifestations auront lieu spécialement à ces occasions, dans le strict respect des mesures sanitaires en vigueur.

Pensez-vous que le public répondra présent ?

C’est toujours une incertitude, mais je pense que les gens aiment Arles de toute façon. Bien sûr, beaucoup ne se déplacent que pour les Rencontres, mais nous espérons qu’ils viendront cette année, avec toutes ces propositions artistiques que nous avons mises en place. Nous voyons en tout cas déjà le retour des visiteurs. Ce n’est qu’un bruissement, mais porteur d’espoir. Lorsque la saison sera réellement lancée, nous espérons bien que les amateurs de la photographie seront au rendez-vous, qu’ils dépasseront les barrières psychologiques. L’enjeu d’une manifestation comme la nôtre, c’est aussi de recréer le lien social, de redonner une confiance collective aux gens.

Propos recueillis par Pierre MONASTIER

 



Crédits photographiques : Marie Herbreteau



 

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