Maquilleuse professionnelle, Claire Arnou a travaillé pendant une vingtaine d’années sur les tournages de cinéma, les plateaux télévisés, dans les studios photos, des loges des grands opéras aux podiums de mode. À 37 ans, elle vient de créer à Dijon sa propre école de maquillage artistique : Backstage.

Implantée depuis quatre mois à Dijon, c’est l’unique école dédiée au maquillage de scène en région Bourgogne-Franche-Comté. Rencontre avec cette professionnelle, passionnée de maquillage artistique depuis l’enfance, pour en savoir plus sur ce métier, son évolution et la manière de se former.

Une vocation précoce

C’est vers l’âge de cinq ans, en découvrant le travail de Brigitte Delouis, maquilleuse entre autres de Patrick Sébastien, que sa vocation est née : « Je regardais l’émission “Carnaval” dans laquelle tout le public était maquillé. Je me suis dit : “j’ai envie de faire ça !” Ça n’existe plus mais à l’époque, tout le monde était déguisé. Au-delà d’être présentateur, Patrick Sébastien avait cette particularité de se grimer et de se transformer. Brigitte Delouis arrivait à lui donner une tronche qui n’était pas la sienne ! »

Un souhait de carrière qui s’est confirmé par la suite en découvrant le maquillage de Ve Neill dans le film Madame Doubtfire, avec Robin Williams : « Il y a une scène où il est déguisé par son frère et, à chaque tête, il parvient à faire une voix différente. Le maquillage crée le personnage. J’ai trouvé ça génial ! Quand on maîtrise ces techniques, on peut changer de tête comme on veut. Parfois seulement avec un crayon marron et du beige, on peut embellir ou enlaidir. J’oscille entre la princesse et le monstre. »

Vingt ans de maquillage de scène

Parisienne d’origine, sa carrière commence très tôt, à l’issue d’un CAP d’esthétique débuté à l’âge de quinze ans : « J’ai été repérée par ma prof qui m’a inscrite à un concours de maquillage. Elle croyait en moi et m’a fait faire pas mal de stages. »

À dix-sept ans, Claire Arnou s’inscrit ensuite à un concours de maquillage. « Ma première prestation a eu lieu au Lido, avec Philippe Risoli et Régine. On était deux maquilleuses pour une remise des prix assez atypique. C’était très impressionnant ! À la suite du concours, j’ai appris l’existence d’écoles de maquillage artistique. Il y en avait plein et j’ai choisi Avant-Scène, près de République à Paris. »

La formation lui permet d’apprendre les bases du maquillage de scène et de cinéma, pour ensuite constituer son book en ligne et être assez vite repérée par des réalisateurs, dont Michaël Guerraz. Les boîtes de production d’émissions télévisées commencent aussi à la contacter : « J’ai commencé par un jeu télévisé sur France 3 qui s’appelait “Drôle de couple”, en maquillant l’acteur Alain Bouzigues qui a fait Caméra café ou encore Baron noir. »

La création de Backstage school

Claire Arnou (crédits Morgane Macé Profession Spectacle)

Claire Arnou (crédits Morgane Macé Profession Spectacle)

En s’installant à Dijon pour suivre son conjoint, elle remarque que cette formation est absente dans le secteur et décide de créer l’école Backstage pour transmettre sa passion, parallèlement à son travail de maquilleuse intermittente à France 3.

Une aventure qui vient à peine de commencer, dans laquelle interviennent notamment les personnes qui l’ont formée. « Je ne voulais pas être la seule formatrice, explique-t-elle. D’autres maquilleurs que j’ai eu la chance de rencontrer dans ma carrière interviennent, comme Jérôme Jardin, maquilleur d’effets spéciaux. C’est important d’avoir des professionnels ici, pour que les élèves sachent ce qui se passe sur le terrain et ce à quoi ils seront confrontés. »

L’école forme les élèves pour travailler dans le cinéma, l’audiovisuel, ainsi que dans tout ce qui concerne la scène : opéra, galas, tapis rouges ou défilés de mode. La formation s’étale sur neuf mois et propose douze modules qui permettent de se constituer un book et d’appréhender toute la palette de ce que peut faire un maquilleur, comme le maquillage mode, le maquillage historique, la pose postiche ou encore l’apprentissage des techniques d’effets spéciaux. Les candidatures sont ouvertes dès le mois de mars.

Des techniques qui évoluent

« Pour les effets spéciaux, c’est un peu le petit chimiste, précise Claire Arnou. En fonction du matériel utilisé, de la prise d’empreintes aux prothèses en silicone, en latex ou en mousse, il faut mélanger des substances entre elles. L’application est particulière et le maquillage utilisé change. Les élèves peuvent apprendre à faire des prothèses adaptées au cosplay par exemple, le costume de manga. »

Les techniques de maquillage évoluent parallèlement au développement des caméras, des appareils photo ou encore de l’éclairage. « Avec les nouveaux éclairages LED, le maquillage est beaucoup moins marqué qu’avant, constate-t-elle. Sur les plateaux télé par exemple, c’était presque une seconde peau ! Le maquillage était très épais et les personnes maquillées semblaient être orange dans la réalité alors qu’à l’écran, elles semblaient avoir bonne mine. Aujourd’hui on peut être beaucoup plus proche de la carnation du journaliste ou du comédien. »

Le maquilleur est tout terrain

Les huit élèves de la première promotion ont jusqu’à présent fait leurs stages sur des courts-métrages, leurs premiers pas dans ce métier. « Sur un tournage, on est quasiment les premiers arrivés, en même temps que la régie, et les derniers repartis, détaille Claire Arnou. On prépare les loges et tout le matériel est prêt quand les comédiens arrivent. On reste jusqu’à leur fin de journée pour les démaquiller. Il faut régulièrement remaquiller les acteurs et surtout constamment vérifier que le maquillage soit raccord avec la scène précédente, parce qu’on ne tourne pas forcément dans le sens ou ça va être monté. »

Avec plus ou moins de confort matériel, en fonction du lieu de tournage (parfois sans loges, ni éclairages, ni prises électriques), les conditions variables nécessitent de s’adapter pour être tout terrain : « J’ai maquillé dans les égouts de Paris, à l’occasion d’une pub pour le marathon, dans une voiture, parce qu’on était en retard pour un tournage, ou en pleine forêt, sous un orage ! Il faisait si mauvais, qu’il n’y avait plus de barnum. Le réalisateur m’avait surnommée à l’époque la maquilleuse 4×4 ! »

Une originalité : la peinture corporelle

Passionnée de peinture corporelle depuis ses débuts, Claire Arnou intègre naturellement un module sur cette forme d’expression dans la formation. La peinture corporelle ou « body painting » trouve de nombreux usages professionnels et permet de créer entièrement un personnage. « Le corps est une toile vivante, confirme-t-elle. J’ai fait du body painting lors d’animations, pour lancer une marque ou encore en discothèque, où j’avais réalisé des squelettes qui apparaissaient à la lumière noire. »

Dans ce contexte difficile qui permet malgré tout aux tournages d’avoir lieu, Claire espère la réouverture prochaine des lieux culturels afin de travailler de nouveau en lien avec les acteurs du spectacle vivant. Une dimension importante de la formation qu’elle promeut ! Son école continue ainsi de former, en prévision des jours meilleurs, en offrant un véritable tremplin – unique dans toute la région – pour les artistes maquilleurs en herbe.

Morgane MACÉ

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En savoir plus : école Backstage à Dijon

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Crédits photographiques : Morgane Macé / Profession Spectacle



 

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