Le chiffre est tombé, distillé au milieu de paroles rassurantes sur la gestion de la pandémie et d’un discours politique bien rodé. Jean Castex a annoncé sur France Inter, mercredi 26 août, deux milliards d’euros d’aide à la culture. Mais comment va se ventiler cette somme ? C’est encore l’inconnue. Profession Spectacle fait le point sur ce que l’on sait. 

La culture aura sa part, mais difficile encore de dire si cela suffira et qui sera aidé. Alors que les professionnels du secteur souhaitaient un signal fort du gouvernement, le Premier ministre est venu en soutien. « Il faut aller au théâtre, au cinéma, vous ne risquez rien », a lancé Jean Castex lors d’une interview mercredi matin sur France Inter, avant d’annoncer le chiffre fort de cette rentrée pour le secteur culturel : « une dotation exceptionnelle » de deux milliards d’euros sur les 100 milliards du plan de relance seront consacrés aux arts et à la culture.

Premières réactions positives

« C’est des signaux qu’on envoie aux spectateurs. Les théâtres peuvent ouvrir, certains ne le font pas et surtout les spectateurs ont l’impression que les théâtres ne sont pas ouverts », a réagi Jean-Marc Dumontet, influent propriétaire de théâtres privés parisiens, sur RTL. « Il faut être prudent, bien sûr, mais il faut retrouver la vie », continue-t-il en mettant en garde contre un séisme économique qui pourrait surgir.

« On est plutôt agréablement surpris d’avoir entendu le Premier ministre mettre aussi haut la question du secteur culturel, après quatre mois où on a été relégué systématiquement en fin de discours », s’est félicité Nicolas Dubourg, président du SYNDEAC (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), joint par l’AFP.

Le Premier ministre a précisé la principale règle qui marquera la rentrée culturelle : le « masque obligatoire » dans les salles. Une obligation qui viendrait remplacer la distanciation physique dans les salles, décriée par le milieu du spectacle vivant. Mais « dans les zones de circulation virale, il y aura le cumul des deux », masque et distanciation physique, a précisé Le Premier ministre. Une précision avancée également par la ministre de la Culture Roselyne Bachelot dans un tweet.

 

Le spectacle vivant, en France et à l’étranger, conteste depuis des mois une politique de deux poids deux mesures avec les transports. « Pourquoi les salles de spectacle, concert, théâtre… n’ont pas le droit d’ouvrir avec une jauge normale et port du masque obligatoire alors qu’on peut prendre le train, l’avion, les transports avec une jauge à 100 % ? », s’indignait encore mardi le violoncelliste français Gautier Capuçon sur Twitter.

 

Pour le président du SYNDEAC, le syndicat veillera à ce que les artistes, les compagnies et les auteurs soient « bien pris en compte » dans l’aide des deux milliards d’euros, afin qu’ils ne soient pas « la dernière roue du carrosse ». Selon lui, « il ne suffit pas de sauver les murs des théâtres car les effets de la crise vont se ressentir encore dans deux, trois ans ». « Les grandes institutions vont s’en sortir mais ce sont les plus fragiles qui risquent de disparaître de manière silencieuse« , ajoute-t-il à l’AFP.

Compensation pour les salles de spectacle

Le chef du gouvernement a également annoncé des compensations pour les salles de spectacle et les cinémas, pour combler « l’écart entre les recettes issues des contraintes sanitaires et ce qui aurait été leur point d’équilibre ». Le gouvernement avait déjà pris au printemps une série de mesures en faveur du spectacle vivant, notamment une « année blanche » pour les intermittents du spectacle.

De son côté, si la CGT-Spectacle salue l’annonce, le syndicat alerte sur la manière de l’utiliser et donne trois pistes à suivre : le soutien à l’emploi artistique pour permettre le retour vers les plateaux « des artistes et des technicien.ne.s intermittent.e.s du spectacle », le soutien aux entreprises de production et enfin le refinancement par l’État et les collectivités territoriales des entreprises du secteur public « afin qu’elles soient rapidement en mesure de reprendre leurs missions de création et de diffusion des arts et de la culture auprès des publics partout en France ».

Incertitude pour le monde de la musique

Jean Castex doit également rencontrer les représentants du secteur du cinéma vendredi et se rendre au festival d’Angoulême ce même jour avec Roselyne Bachelot. Il s’agira du premier festival français d’importance à se tenir après l’annulation de Cannes au printemps.

Et qu’en est-il des musiques actuelles ? Il n’en a pas été question pour le moment. Comment vont se dérouler les concerts dans les fosses ? Pas de réponse pour le moment.

Jacques GUILLOUX

 



 

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