Au bord du gouffre, frappés de plein fouet par la crise du Covid-19, les photographes et tous les artistes-auteurs attendent un véritable plan d’aide, adapté à la réalité de leur situation professionnelle.

Telle est la demande formulée notamment par l’association La Maison des Artistes, en relation avec son syndicat SMdA CFDT, dans le cadre d’un état des lieux de la situation des artistes auteurs et autrices. Quatorze organisations professionnelles d’artistes-auteurs viennent par ailleurs de publier une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, demandant une action rapide et urgente, « indispensable à la survie de nos professions déjà extrêmement précarisées ».

Une crise prévue pour durer

Pour la Maison des artistes, cela ne fait aucun doute : l’impact de la crise sanitaire aura des répercussions majeures et durables, pendant plusieurs années, sur les artistes-auteurs, qui ne se sont toujours pas remis complètement de la crise financière de 2008.

« Il paraît important de rappeler ici que plus de la moitié des personnes qui déclarent un revenu artistique (notamment dans les arts visuels), déclare ce dernier largement en dessous du seuil de pauvreté, précisent la MDA et le syndicat SMdA CFDT. Nous faisons d’ores et déjà état de personnes que la situation plonge immédiatement dans des situations de précarité aggravées et qui se trouvent en dehors des dispositifs d’aide existants. »

Si les charges (fiscales, sociales et quotidiennes) ont été reportées, elles n’ont pas été annulées. Comment les artistes-auteurs pourront-ils les assumer, alors que leur activité est presque à l’arrêt et qu’ils doivent également continuer à financer leur matériel et leurs frais de production ? Car, rappelle la MDA, « il faut prendre en compte le fait que l’immense majorité des artistes-auteurs évolue en dehors du circuit des galeries, des collectionneurs et des institutions et donc se situe en dehors des mesures de soutien orientées vers la diffusion ».

La nature même de l’activité artistique, du fait de son irrégularité intrinsèque, ne peut être comprise à l’aune d’un chiffre d’affaires, d’autant que la facturation s’échelonne parfois sur près de six mois. Les pertes de revenus durant les mois de confinement – qui sont loin d’être terminés si certains lieux restent fermés plus longtemps au public – auront donc un impact durable, jusqu’au moins la fin de l’année 2020.

Proposition de solutions transitoires

La MDA évoque plusieurs solutions transitoires : « le maintien des droits, des rémunérations suspendues, la protection et enfin le support financier concret ».

Elle propose notamment que « les suspensions effectives des différents appels de cotisations » se transforment en exonération pure et simple pour les années 2020 et 2021 et que les artistes-auteurs puissent avoir une « continuité d’accès aux prestations qui leur seraient ouvertes en temps normal : remboursement des soins, indemnités journalières etc., et tout autant en matière d’impôts, de TVA, de cotisations de retraite complémentaire […] Cette mesure permet pour tous le maintien d’une protection sociale complète, d’autant plus importante aujourd’hui. »

La question des logements et des lieux de travail est au cœur des préoccupation des artistes-auteurs. Là encore, selon la Maison des Artistes, une suspension seule ne suffit pas, risquant de mettre à la rue nombre d’entre eux. « Il nous semble fondamental de procéder au gel et à l’annulation, pour le parc du logement social (logement, atelier et atelier-logement) gérés par les bailleurs sociaux, les loyers pendant toute l’année 2020 à partir de mars, et, inciter fortement, par des mesures qui sont à déterminer, les bailleurs privés à envisager des solutions d’échéances adaptées à la situation. »

Enfin, la MDA demande, en écho au souhait formulé par Franck Riester, ministre de la Culture, que « tous les projets annulés ou reportés fassent l’objet d’un dédommagement financier dès lors que la structure organisatrice a perçu des subventions publiques pour leurs réalisations ».

Des aides inadaptées

Si le gouvernement a déjà mis en place plusieurs aides d’urgence, rares sont celles qui prennent véritablement en compte la réalité de l’exercice professionnel des artistes-auteurs, à commencer par leur irrégularité de revenus (recettes ou chiffre d’affaires). C’est sur la base de ces derniers et en tenant en compte la diversité des situations et des professions artistiques que pourraient être définis les critères d’une telle aide, ce qui nécessite une connaissance fine du terrain.

C’est précisément pourquoi la MDA demande à ce qu’elle soit gérée « par les représentants des organisations professionnelles et syndicales des artistes-auteurs (en fonction des disciplines), y compris votre association La Maison des Artistes, car ils jouent un rôle essentiel d’accompagnement dans cette crise sanitaire ». L’association y voit l’unique façon de prendre en compte toutes les réalités professionnelles et toutes les situations personnelles, c’est-à-dire non seulement du point de vue des diffuseurs, mais également – surtout – des créateurs. Sans quoi, promet-elle, une minorité seulement sera accompagnée et sauvée.

« Nous devons d’autant plus aujourd’hui progresser dans la construction d’un véritable statut juridique, protecteur, contre la culture de la gratuité et œuvrer au respect des droits dus aux artistes-auteurs, conclut la MDA. Plus que des “solutions transitoires”, c’est un véritable plan d’aide aux artistes-auteurs qu’il est nécessaire de mettre en place et ce, sur plusieurs années et non pas uniquement des aides ponctuelles. »

Pierre MONASTIER

 



 

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