Un lieu commun présente le numérique comme une solution au bilan carbone des arts et de la culture. Selon un rapport publié récemment par The Shift Projet, la réalité est bien plus complexe. Explications.

Fondateur de la compagnie La Poursuite du Bleu, Samuel Valensi est engagé au sein de The Shift Project, une association qui œuvre pour une société libérée de la contrainte carbone.

Lors du 7e forum Entreprendre dans la Culture, en Bourgogne-Franche-Comté, peu avant la publication du rapport Décarbonons la culture !, il a abordé l’impact du numérique dans ce secteur, et plus particulièrement les enjeux énergétiques. Qu’en est-il des usages du numérique, qui offrent des solutions mais alourdissent également le bilan carbone du développement culturel ?

Culture et bande passante

La culture ne représente pas une part si minime qu’elle en a l’air dans la production de richesses, quand bien même elle n’équivaut, selon Samuel Valensi, qu’à 2,3 % du PIB de la France. Toutefois, il précise aussitôt que le numérique pèse 5,5 % du PIB et que la culture est présente dans tous ses usages.

D’après le rapport de The Shift Project, les données de la bande passante de l’internet sont principalement occupées par la vidéo. « La culture représente entre 60 et 80 % des données de la bande passante. Au ministère de la Culture, via le plan de relance, on distribue des centaines de millions d’euros pour le numérique, mais ce n’est pas sans impact, s’inquiète Samuel Valensi. Ce domaine transversal dans la culture représente environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, chiffre qui était en croissance de 8 % par an avant le confinement. Quand on parle de croissance peu soutenable… On présente le numérique comme ce qui va sauver la culture mais j’ai des doutes. »

Des formats énergivores

Parmi les différentes applications du numérique occupant les données de la bande passante des réseaux informatiques et des accès à l’internet haut débit, 30 % concernent la VOD et la SVOD :

« Ce tiers concerne l’audiovisuel et donc la culture, poursuit Samuel Valensi. Ce n’est pas seulement le jeu vidéo mais l’écoute de clips en 4K qui représente 10 % de la bande passante ; le streaming musical, avant que Spotify se mette à faire de la vidéo, c’était 0,5 %. Et puis vous avez la pornographie qui représente à peu près 22 %. Ensuite, dans la catégorie “autres”, il y a 5 à 10 % qui concernent les ‘‘live’’ culturels qu’on peut faire sur les réseaux sociaux et, enfin, il y a le reste de l’internet. »

Le format en 8K, qui permet d’obtenir une résolution de l’image quatre fois supérieure à la 4K, accule à la consommation d’énergies. « Cela demande de plus en plus de matériaux rares, explique le membre de The Shift Project. On développe aujourd’hui les formats 2 K et 4K qui demandent vingt et cinquante fois plus de données que le film classique. La réalité virtuelle demande par ailleurs des fichiers 8 K, qui nécessitent la fibre ou la 5G. »

Cette évolution provoque une saturation de la bande passante. Ce constat justifiera par la suite, selon Samuel Valensi, l’usage de la 6G, impliquant à son tour l’installation d’autres structures, aux effets rebonds, puisque l’on constate par ailleurs une tendance à additionner les diffusions en direct à la réunion des spectateurs dans les salles – et ce n’est qu’un exemple.

Ainsi, dans le scénario d’une transition écologique efficiente de la culture, le numérique, du fait de sa transversalité et de son omniprésence dans le domaine audiovisuel, devrait être régulé selon Samuel Valensi, et la richesse de ses usages ne saurait être déployée naïvement.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

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En savoir plus :
Décarbonons la Culture !

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