Ce dimanche 12 décembre, Gustave Flaubert fête son 200e anniversaire (1821-1880). Son œuvre n’a cessé d’être adapté au cinéma, parfois pour le meilleur, et hélas souvent pour le pire, en dépit des réalisateurs prestigieux qui s’y sont frottés : Jean Renoir, Vincente Minnelli, Claude Chabrol, Alexandre Sokourov, Anne Fontaine…

Cela fait 200 ans que l’écrivain Gustave Flaubert est né. Entre psychologie et naturalisme, celui qui fut le père spirituel de Guy de Maupassant et d’Émile Zola a laissé derrière lui un grand nombre de romans, de recueils et de lettres.

Au même titre que ses contemporains Victor Hugo et Honoré de Balzac, l’œuvre de Flaubert a inspiré de nombreux cinéastes. Bien malheureusement, si les écrits de Flaubert ont marqué l’histoire de la littérature, on ne peut pas en dire autant de leurs adaptations cinématographiques, pour le moins mineures.

Retour sur les différentes adaptations de Flaubert au cinéma.

Madame Bovary (1857)

Il s’agit bien évidemment du roman qui a le plus inspiré les réalisateurs du monde entier, avec pas moins de dix adaptations au cinéma, plus ou moins librement inspirées.

Si Flaubert a dû comparaître en 1857 devant le Tribunal correctionnel de Paris pour outrage à la morale publique, aux bonnes mœurs et à la morale religieuse, Madame Bovary au cinéma n’a pas créé plus d’agitation que ça.

Des cinéastes de renom ont pourtant tenté, tour à tour, de porter cette histoire à l’écran : de Jean Renoir en 1933 à Claude Chabrol en 1993, en passant par Vincente Minnelli en 1949, jusqu’à la version plus librement inspirée d’Anne Fontaine, avec son Gemma Bovery, en 2014. Le roman a même traversé les frontières européennes, avec notamment une adaptation russe d’Alexandre Sokourov, Sauve et protège, en 1989, et une version indienne, Maya Memsaab de Ketan Mehta, en 1993.

De toutes ces adaptations cinématographiques, il en existe quand même une qui mérite d’être retenue. Il s’agit de la très libre transposition de David Lean, La fille de Ryan (1970), avec Robert Mitchum et Sarah Miles dans les rôles principaux. Fort de ses trois derniers succès en salles (Le Pont de la rivière Kwaï, Lawrence D’Arabie et Le Docteur Jivago), David Lean jouit pour cette adaptation d’une grande liberté artistique et d’un budget conséquent.

Si le film reçoit à sa sortie des critiques désastreuses, il reste un succès en salles, avec pas moins de 31 millions de spectateurs ; il reçoit par ailleurs deux Oscar, ceux du meilleur second rôle et de la meilleure photographie.

Il n’en demeure pas moins que David Lean parvient à nous livrer une véritable œuvre artistique à part entière. Là où d’autres se sont cassé les dents, La fille de Ryan sait s’éloigner du roman d’un point de vue narratif quand il le faut, tout en réussissant à retranscrire en images ce qui crée la subtilité du roman : un mélange audacieux entre délicatesse et vulgarité, innocence et désirs, poésie et violence des sentiments. Il en résulte trois heures spectaculaires d’un romantisme douloureux, sublimées par une photographie à couper le souffle signée Freddie Young et par la partition frémissante de Maurice Jarre.

Des tentatives peu convaincantes

En dehors des nombreuses adaptations de Madame Bovary, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent.

On peut tout de même relever une adaptation assez fidèle d’un autre grand succès de Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, réalisée par Alexandre Astruc, père de la Nouvelle Vague, en 1962 ; elle met en scène Jean-Claude Brialy et Marie-José Nat. Astruc transpose habilement l’histoire dans le Paris des années 1960 mais, malgré quelques belles idées de mise en scène, cette Éducation Sentimentale peine à nous convaincre et tombe souvent dans une facilité déconcertante.

Presque quarante ans plus tard, le réalisateur Eugène Green s’est lui aussi essayé à transposer à l’écran ce roman d’apprentissage ; son film Toutes les nuits transpose cette fois-ci l’intrigue lors des événements de mai 68. Il s’agit du tout premier film du réalisateur américain, alors âgé – déjà – de cinquante ans. S’il obtient un succès critique relativement positif, c’est sans doute davantage pour la découverte d’un langage cinématographique inattendu, qui sera récurrent à tous ses films : des dialogues plus déclamés que joués, une lenteur assumée, la récurrence de plans sobres et dépouillés. Charmant pour certains ou rebutant pour d’autres, ce qui est sûr, c’est que le « style Eugène Green » ne laisse pas indifférent.

On pourrait également citer l’adaptation du roman Salammbô, par le réalisateur italien Sergio Grieco en 1960, qui en fait malheureusement un péplum un peu creux, doté d’une mise en scène très scolaire ; ou encore Un cœur simple,réalisé par Marion Laine en 2008, qui est l’adaptation de la nouvelle éponyme de Flaubert, issue de son recueil Trois Contes. Là encore, une proposition cinématographique un peu timide et souvent rébarbative, malgré la qualité de jeu, tout en retenue et en non-dits, de Sandrine Bonnaire et Marina Foïs.

À regarder toutes ces tentatives, on ne peut constater qu’il est rarement aisé d’adapter des chefs-d’œuvre littéraires à l’écran, les images ayant tendance à dénaturer les mots de leurs auteurs. L’œuvre de Gustave Flaubert n’échappe pas la règle. Ce n’est pourtant pas mission impossible, comme le démontrent le très réussi Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau, les sulfureuses Liaisons dangereuses de Stephen Frears ou, dans un tout autre style, l’ambitieuse trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson.

À quand une véritablement bonne adaptation, digne de Gustave Flaubert ?

Maïlys GELIN

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