En moins d’une minute, un artiste peut désormais obtenir un certificat international pour chaque étape de création. Comment ? Par la technologie blockchain. C’est le pari fait par la jeune entreprise Ipocamp qui revendique déjà plus de 28 000 utilisateurs, un an et demi seulement après son lancement.

Fondé en août 2017, Ipocamp est une toute jeune entreprise française qui vise à protéger à l’international les artistes, depuis les premières étapes de leur création jusqu’à sa réalisation finale.

Pourquoi Ipocamp ? Le terme a été choisi parce qu’il porte une signification propre en français et en anglais : « IP » pour intellectual property et camp pour désigner l’endroit de la propriété intellectuelle ; l’hippocampe est par ailleurs la partie du cerveau qui génère la mémoire, donc la créativité ; c’est enfin le seul animal marin qui voit le mâle porter sa progéniture, renvoyant ainsi par métaphore à la notion de paternité, évidemment fondamentale dès lors qu’il est question de propriété intellectuelle.

Une antériorité garantie

Après un long temps de réflexion, de concertation et de structuration, Ipocamp a lancé sa plate-forme en janvier 2019. En moins d’un an et demi, elle a conquis 28 000 utilisateurs, dont 85 % sont des personnes uniques, la plupart du temps des artistes : designers, podcasteurs, photographes, musiciens, poètes… Édité en français et en anglais, avec un bureau à Paris et un autre à Montréal, Ipocamp continue de se déployer à l’international, avec des utilisateurs originaires des États-Unis, de l’Inde, de Chine ou encore d’Afrique.

Les raisons du succès tiennent tout autant à la philosophie qu’à la technologie utilisée.

Les droits d’auteur sont fondés sur trois piliers : antériorité, paternité et originalité. Si l’artiste est évidemment le premier témoin de sa paternité, s’il appartient au juge de déterminer l’originalité, Ipocamp se concentre quant à lui sur l’antériorité. Or cette dernière n’est pas assez anticipée par les créatifs, selon Julien Brosse, juriste spécialisé en propriété intellectuelle depuis 2012 et directeur général d’Ipocamp. « La propriété intellectuelle se pense malheureusement comme une finalité, c’est-à-dire qu’on attend le produit fini avant de déposer, si bien qu’on ne s’en soucie que lors d’un contentieux, explique-t-il. L’idée est de donner des armes aux auteurs pour se protéger et, en cas de contentieux, avoir au moins la possibilité d’intenter une action. »

Julien Brosse cite le cas d’une artiste qui confectionne des robes sur mesure. Par deux fois, elle a dessiné une robe pour une cliente, qui l’a refusée, avant qu’elle ne voie cette dernière porter une robe similaire deux mois plus tard sur Instagram. Dorénavant, non seulement elle dépose toutes les étapes de sa création sur Ipocamp, mais envoie également les rendus via la plate-forme, afin de garder une trace de toute ouverture du fichier. « En décembre dernier, un artisan du bois a créé un calendrier de l’Avent, déposant toutes ses étapes de création sur Ipocamp, illustre-t-il par ailleurs. Il se rend compte un matin que quelqu’un d’autre vend sa création sur Etsy et sur Amazon. Il a envoyé son certificat Ipocamp à la personne, ce qui a entraîné le retrait immédiat des produits. »

Un certificat infalsifiable

Ipocamp repose sur la technologie blockchain Ethereum qui « donne une date certaine à tout document déposé sur notre plate-forme et donc une présomption de titularité pour les auteurs », explique Julien Brosse.

La « blockchain », de plus en plus présente dans notre société, continue de susciter incompréhension. En quoi consiste-t-elle ? Lorsqu’un artiste dépose un document sur la plate-forme Ipocamp, cela génère aussitôt une empreinte numérique (un chiffrement crypté) unique, indélébile, immuable et infalsifiable. Cette empreinte, transmise dans la blockchain, est enregistrée, validée et conservée par des centaines de serveurs automatiques (qu’on appelle des mineurs) dans le monde entier. Grâce à toutes ces validations, un certificat est généré, sur lequel est intégrée l’empreinte numérique. Le document, quant à lui, n’a pas bougé de la plate-forme Ipocamp et reste évidemment confidentiel.

En résumé, à chaque dépôt de document, un certificat est généré, avec la photographie de l’objet, le nom de la personne, la date et l’empreinte numérique inviolable. « La preuve blockchain, qui est acceptée par tous, a beaucoup de poids dans des pays comme les États-Unis et la Chine, car elle est fondée sur les mathématiques, explique Ludovic Paguet, ingénieur en DATA et directeur technique d’Ipocamp. Or les maths ne mentent pas : 1 + 1 feront toujours 2 ! »

Le certificat, délivré en seulement trente ou quarante secondes, est ensuite envoyé automatiquement par courriel à chaque artiste, qui dispose alors d’une preuve à vie de sa paternité. En cas de perte, il peut le télécharger de nouveau à partir de la plate-forme.

Un partage totalement sécurisé

La simplification concerne non seulement le dépôt du document, mais également son partage. « Nous avons créé le partage sécurisé des documents, c’est-à-dire qu’une fois mon œuvre finalisée, je peux l’envoyer via Ipocamp, explique l’ingénieur informatique. Cela permet d’avoir toujours une trace des téléchargements effectués, par l’intermédiaire d’un accusé de réception sécurisé. »

Prenons un exemple : si un créateur de podcast souhaite proposer un concept à une radio, il peut lui envoyer un fichier via Ipocamp. Toute ouverture du fichier par le client potentiel entraîne à son tour une empreinte numérique, prouvant ainsi irrémédiablement qu’il a été consulté. La radio ne pourra ainsi pas reprendre le concept à son compte, en faisant fi de son inventeur.

« Nous sommes là pour simplifier le processus de preuves, car bien souvent les artistes ne pensent pas à en conserver suffisamment, qui prouvent les contacts, poursuit Ludovic Paguet. Via Ipocamp, ils retrouvent tout l’historique, par création et par client. »

Confiance et accessibilité

L’intérêt de la blockchain est ainsi de proposer une certification immédiate et permanente, en toute sécurité. « Nous sommes partis du principe que la protection de l’auteur n’est pas censée reposer sur nous mais sur la technologie qu’on utilise, explique Ludovic Paguet. Nous ne voulons pas être les tiers de confiance. La confiance est donnée par la blockchain… C’est pourquoi elle est aussi importante ! Si Ipocamp meurt demain, quelle qu’en soit la raison, l’auteur restera protégé à vie par la certification. »

Chaque transaction a un coût pour Ipocamp, que ce soit un dépôt ou un partage. Combien ce service coûte-t-il aux utilisateurs ? Tout dépend évidemment du besoin. Quatre formules existent déjà aujourd’hui, qui vont de zéro à cent euros par mois. Le forfait gratuit, essentiellement destiné aux artistes, inclut un dépôt et un partage par jour, pour des documents limités à 30Mo.

Le chiffre d’affaires est généré par les abonnements payants, solution essentiellement adoptée par les entreprises, ce qui permet à Ipocamp d’offrir ce service gratuit ou très peu cher aux artistes. « Les entreprises participent à cet élan de protection des artistes, confirme Julien Brosse. Nous avons plusieurs entreprises qui sont friandes de ce type de mécénat : elles choisissent de passer par Ipocamp pour que cette offre de gratuité existe à destination des artistes. »

D’autres offres pourraient voir le jour à l’automne prochain, ainsi que de nouveaux services, notamment juridiques. « Nous essayons de nous adapter continuellement aux artistes, en fonction de leurs besoins et de leurs demandes, car nous souhaitons accompagner les artistes jusqu’au bout », conclut le directeur général d’Ipocamp.

Pierre MONASTIER


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Crédits photographiques : Ludovic Paguet et Julien Brosse (Ipocamp)



 

 

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