Laurence Franceschini, conseillère d’État et médiatrice du cinéma, a publié une recommandation relative à la diffusion des films en salles après la crise de la Covid-19. Elle rappelle six principes fondamentaux qui fixent le cadre de la distribution cinématographique en France, au service de la diversité culturelle, avant d’énoncer les cinq devoirs qui s’imposent pour une juste et paisible diffusion des œuvres durant les mois à venir.

Rappelant la décision gouvernementale de fermer toutes les établissements cinématographiques à compter du 15 mars, mettant ainsi un terme à l’exploitation de nombreux films, et la réduction de la durée de la fenêtre de quatre mois d’exploitation en salles prévue par la chronologie des médias, Laurence Franceschini évoque « plus de 100 films devant sortir entre le 18 mars et le 27 mai 2020 [qui] ont été identifiés comme faisant l’objet d’un report de sortie ». Le chiffre demeure encore incertain, de même que la forme que prendra cette nouvelle sortie (salle ou VàD).

La médiatrice du cinéma énonce trois types d’œuvres : « des films sortis en salles antérieurement à la fermeture du 15 mars mais dont la carrière n’était pas achevée », « des films non sortis en salles, mais mis à disposition du public à travers d’autres canaux de diffusion de manière non-exclusive pendant l’état d’urgence sanitaire » et « des films totalement inédits ».

La reprise progressive de la diffusion cinématographique aura lieu en deux temps, explique Laurence Franceschini, le premier étant lié à la conjonction inédite des trois types d’œuvres définis précédemment, le second étant le retour à la normale.

« La recherche d’un équilibre global d’exploitation doit être présente dès la réouverture des établissements et la reprise de la diffusion cinématographique en salle, précise-t-elle. Elle doit prendre en compte les décalages de production de films français et étrangers ainsi que le report de la sortie de nombreux films porteurs. Cette période se caractérisera par la présence de quelques films nouveaux sur le marché, que les distributeurs auront accepté de sortir dans ces conditions de reprise inconnues, au côté de films dont l’exploitation a été interrompue avec le confinement. »

Six principes fondamentaux

Pour que cette diversité culturelle soit respectée, la médiatrice du cinéma tient à rappeler quelques principes qui sont autant de caractéristiques et de forces du cinéma français.

« 1) Les distributeurs, mandataires de l’ensemble des ayants droit, sont maîtres du choix de la date de sortie et du plan de diffusion des films qu’ils distribuent.

2) Les salles de cinéma sont le lieu irremplaçable du spectacle cinématographique et doivent, à ce titre, pouvoir offrir à leur public les films correspondant à leur ligne éditoriale.

3) L’éditorialisation des salles est essentielle, dans ce contexte de reprise des activités d’exploitation et de distribution, afin de donner l’accès au public aux œuvres cinématographiques disponibles.

4)  Une attention particulière doit être portée aux établissements les plus fragiles, notamment à ceux dont l’existence permet de garantir une diversité de films sur tout le territoire.

5)  Dans l’intérêt de l’œuvre, de ses ayants droit et de tous les acteurs de sa création, chaque film doit pouvoir rechercher une exposition et une durée d’exploitation permettant d’assurer une remontée de recettes conforme aux investissements auxquels il a donné lieu.

6)  Le public doit pouvoir accéder, sur l’ensemble du territoire, à un large choix d’œuvres, pendant une durée suffisante et dans l’intérêt de toute la filière et du public, le pluralisme du secteur de la distribution doit être maintenu. »

Les 5 devoirs des exploitants de salles

La décision de rouvrir les salles le lundi 22 juin 2020 permet aux distributeurs de se réorganiser, aux exploitants de se préparer, au public d’être au courant. Toutefois, des risques existent de voir se créer un embouteillage en raison du trop grand nombre de films, de privilégier les grosses productions pour attirer de nouveau les publics, de voir ces derniers être aux abonnés absents…

La médiatrice du cinéma dit en appeler « à l’esprit de responsabilité de la filière cinématographique dans l’établissement des modalités de diffusion des films ». Elle rappelle aux professionnels quels sont et seront leurs devoir durant les mois qui viennent :

« 1) assurer une priorité, compte tenu notamment des frais de promotion engagés par les distributeurs, aux films qui étaient déjà en exploitation au moment de la fermeture des salles ainsi qu’à ceux dont la sortie était prévue pendant la période de fermeture. Cette priorité ne concerne pas les films ayant bénéficié des mesures dérogatoires permettant ou facilitant une sortie accélérée en VàD à l’acte ;

2) prendre en compte, en particulier pendant la période immédiate de la reprise, les décalages de production des films et des contraintes sanitaires entre les séances pour allonger la durée d’exploitation des films à l’affiche à cette période ;

3) envisager, dans le respect du pluralisme du secteur de l’exploitation cinématographique, des combinaisons de sorties de films équilibrées, plus particulièrement dans les zones de chalandise soumises à une concurrence accrue entre les établissements ;

4) permettre dans cette période immédiate de reprise, pour les films nouveaux, qui prennent le risque de sortir pendant cette période, un large accès des salles aux œuvres sur tout le territoire, et notamment, sans que cela vaille jurisprudence pour l’avenir lorsque le film ne correspond pas à la ligne éditoriale du cinéma, aux films les plus porteurs pour tout type d’établissement cinématographique qui en ferait la demande et accorder les conditions d’exposition suffisantes en prenant en compte la taille de l’établissement, le potentiel du film et les conditions sanitaires ;

5) assouplir, lorsque c’est nécessaire et sans porter préjudice à l’identité du cinéma concerné, les conditions d’exploitation en termes de séances, selon des modalités appropriées, afin de laisser une place à toutes les œuvres, y compris les plus fragiles, et de leur offrir une visibilité suffisante en cas d’exploitation concomitante d’un grand nombre de films. La multiprogrammation des œuvres paraît en effet souhaitable, aussi bien pour la diffusion des œuvres qui bénéficieront d’une sortie dans les mois suivants la réouverture des salles, que pour l’accès du public à ces films. Cet assouplissement devra être accompagné d’une durée d’exploitation et d’un engagement suffisant d’exposition de l’œuvre mise à l’affiche, au nom de la diversité culturelle. »

« Dans cette période exceptionnelle, la solidarité de tous les acteurs de la filière cinématographique, leur soutien mutuel et la régulation sont plus que jamais indispensables », conclut Laurence Franceschini.

Vanessa LUDIER

Lire la recommandation complète :
Recommandation relative à la diffusion des films en salles après la crise du Covid 19

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