Désaffection du public, embouteillage à la sortie, crise de financement, difficultés de diffusion pour les films indépendants, bras-de-fer avec les plates-formes… Face aux nombreuses difficultés, les professionnels du cinéma se mobilisent et organisent des « États généraux ».

Les « États généraux », c’est bien connu, ne veulent plus dire grand-chose aujourd’hui. Chacun en organise, selon sa corporation, son groupe d’affinités et ses difficultés. Car c’est bien de cela qu’il s’agit au fond. Les États généraux ne renvoient pas tant au passé, sinon sous forme d’injustice vague, comme si les conditions étaient les mêmes au XVIIIe siècle et aujourd’hui. Le mot joue aujourd’hui des difficultés de certains acteurs, souvent les plus fragiles, et de la communication qu’il est censé susciter. « États généraux », ça fait martial, ça fait global et absolu… Bref, ça en jette.

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Mais revenons à nos préoccupations générales, elles aussi. Le 17 mai dernier, dans Le Monde, plus de deux cents professionnels du cinéma signaient une tribune invitant à se rassembler pour organiser ces États généraux. Cinq mois plus tard, ces « États généraux » avancent… On s’attend à un rassemblement d’une semaine prenant en compte les différentes problématiques, avec toutes les nuances que seul favorise le temps – c’est-à-dire la rencontre humaine, le dialogue, la communication, etc.

Il n’en sera rien, du moins pour l’instant. Ces États généraux prennent la forme d’une journée d’échanges et d’information, le 6 octobre prochain, à l’Institut du monde arabe. Très parisiennes, ces prémices d’États généraux, soit dit en passant… On peut reconnaître au milieu du cinéma de savoir faire perdurer la bonne vieille tradition centralisatrice propre à notre pays.

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« La désaffection du public des salles de cinéma, la crise de financement qui frappe les acteurs traditionnels de la filière, et les difficultés croissantes rencontrées par les films français suscitent une vague d’interrogations, expliquent les organisateurs dans un de leurs communiqués. À ces interrogations se mêle le sentiment que l’État, malgré la bonne volonté dont témoigne telle ou telle déclaration officielle, a fait le choix de soutenir l’outil industriel plutôt que les mécanismes de la création. Or le cinéma français ne pourra pas être valablement relancé si toutes ses composantes ne reçoivent pas le même élan. »

S’ensuit un couplet sur le rôle essentiel de la culture et l’« enjeu central » que constitue « un cinéma national vivant dynamique, pluriel et ambitieux », alors qu’on pourrait tout à fait voir disparaître ce centre sans que cela ne pose de souci à personne (ce qui, vous l’avouerez,  est curieux pour quelque chose de central), sauf aux professionnels de la profession et aux éventuels rares passionnés, tant il existe d’autres propositions artistiques fort enthousiasmantes. Ce serait triste pour la diversité artistique et culturelle, parce qu’un cinéma résolument indépendant (vocable qui n’est pas gage de qualité, rappelons-le tout de même) participe de la richesse d’une époque, mais soyons lucides : la nature a horreur du vide, il y aurait rapidement autre chose, tout aussi indépendant…

Nous n’en sommes (heureusement) encore pas là.

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La journée du 6 octobre, selon un autre communiqué, « vise à expliciter l’ensemble des points qui témoignent de l’infléchissement de cette mission du CNC, à dresser un certain nombre de constats de façon argumentée et à demander aux pouvoirs publics une clarification sur leurs objectifs ».  En d’autres termes, il n’est pas question de cinéma et vision, mais de secteur professionnel et de subvention. « Nous ne doutons pas qu’à l’issue de cette journée, les pouvoirs publics renouvelleront publiquement leur vœu de défendre le cinéma, envers et contre les difficultés qui le touchent actuellement », poursuivent les organisateurs.

Disons-le tout de suite, les organisations professionnelles s’en foutent pas mal du « vœu de défendre le cinéma » ; ce qu’elles exigent, c’est de l’argent et des mécanismes économiques leur permettant de vivre. Pour résumer cette journée, c’est : nous allons vous montrer ce qui ne va pas et vous allez nous donner du pognon, car il va de soi qu’on ne peut vivre, en indépendants, qu’au crochet des subventions.

Si tous ces arguments nous donnent parfois la nausée, tant on sait l’individualisme de ce secteur qui en appelle à la presse quand ça l’arrange tout en méprisant les petits journaux indépendants (nous l’avons vécu bien des fois), nous ne pouvons que relayer le combat engagé par les indépendants, tant il nous semble qu’il faut porter la création indépendante – même au risque qu’elle soit mauvaise, et elle l’est bien souvent, nous le savons.

La lutte est en cours, et en dépit de toutes nos remarques, nous souhaitons nous en faire l’écho. L’entrée à cette journée est libre et gratuite. Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site dédié.

Vanessa LUDIER

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