Sorte de Will Hunting au pays du football, Le Défi du champion met en scène un jeune génie du football qui prendra conscience de l’importance de l’éducation dans un monde du sport professionnel gangréné par l’argent.

Le film sort en salles ce mercredi 5 août 2020.

Si ce film italien reprend l’histoire habituelle vue dans Le Cercle des poètes disparus ou dans À la rencontre de Forrester, autour d’un professeur qui s’entiche d’un jeune prodige auquel il fait prendre conscience de la nécessité de grandir en faisant des choix, le film mérite tout de même d’être vu. En effet, il nous offre une radiographie assez réaliste du football qui a souvent été traité de manière superficielle au cinéma. Même si le septième art compte de très bons films où le ballon rond tient un rôle important, comme chez Ken Loach (My name is Joe, Looking for Eric), Mocky (A mort l’arbitre !), ou bien encore Jean-Jacques Annaud avec Coup de tête, il n’existe pas forcément beaucoup de longs-métrages qui nous plongent dans les arcanes de ce sport de façon réaliste. C’est en revanche le cas du Défi du champion qui, grâce à l’accord entre la production et l’AS Roma, a été tourné dans les installations du club. Un surcroît de réalisme qui donne vraiment l’impression de fouler le carré vert lors des matchs ou des entraînements.

Surtout, le film a le mérite de donner une vision juste d’un sport où les principes de l’éducation populaire et de beau jeu ont été remplacés par l’argent. Le football est ainsi devenu un marché à bestiaux obnubilé par le “trading” de joueurs lors de chaque mercato (période des transferts entre les clubs). À ce titre, si on laisse tout faire à notre héros au début du film, c’est seulement parce qu’il représente une rentrée d’argent future pour son club en cas de vente en Angleterre. Notre génie du football va donc se rendre compte au fur et à mesure de l’histoire que son agent, son entourage et même son père ne sont là que pour profiter du placement financier qu’il représente. Le constat fait par le film sur le peu d’intérêt des clubs par rapport à l’éducation de leurs jeunes prodiges est réel. En effet, même des pays comme la France, qui a été longtemps une référence en matière d’enseignement hors football pour les jeunes membres de ses clubs, participent à présent à cette folie de faire jouer des jeunes joueurs en professionnel le plus tôt possible, au détriment de leur avenir et de leur physique, afin de les vendre aux clubs fortunés des plus gros championnats. Un désintérêt pour les études peut s’avérer handicapant et mener à la dépression de jeunes footballeurs dont la carrière peut s’arrêter après une grosse blessure et dont l’âge de la retraite dépasse rarement les trente-trois ans. Avec ses salaires mirobolants et ses ventes de joueurs au plus offrant, le football est comme le reste de notre économie, gangréné par le cancer du libéralisme.

Le Défi du champion s’appuie sur un très bon casting qui permet au message du film de ne jamais être manichéen ni caricatural. Dans le rôle du professeur, nous retrouvons Stefano Accorsi qui joue avec beaucoup de finesse son personnage qui est loin d’être un saint. En effet, au début du long-métrage, il ne semble pas vraiment porter d’intérêt pour son élève et semble plus attiré par les euros promis par le club. Mais petit à petit, sa passion pour l’enseignement et l’envie d’aider son poulain sera plus importante que tout. Quant à Andrea Carpenzano, il est impressionnant dans le rôle d’un Ronaldo des quartiers pauvres de Rome. Grâce à son jeu intense, il nous fait réellement croire à son personnage de jeune paumé qui se laisse griser par la réussite avant de prendre conscience qu’il est utilisé par tout le monde. Cet acteur est une belle découverte pour moi, et j’espère qu’il aura une grande carrière tant il crève l’écran.

Quant à la réalisation du film, on notera le soin apporté à soigner chaque plan d’un point de vue visuel. En effet, si la mise en scène n’est pas révolutionnaire et s’avère souvent illustrative, le primo-réalisateur nous offre quelques séquences vraiment superbes d’un point de vue esthétique comme lors de ce match joué sous une pluie diluvienne.

Je recommanderais donc le film aussi bien aux néophytes du football qu’aux amateurs du ballon rond qui se régaleront comme moi de la scène du paperboard où le joueur essaye d’expliquer les systèmes du jeu à son professeur. Une séquence qui leur rappellera sans doute ces soirées durant la coupe du monde de foot où vous avez essayé d’expliquer les subtilités du « catenaccio » (système de jeu utilisé en Italie) à vos amis éméchés. Une sympathique premier film auréolé de nombreux prix (Rubans d’argent, 65e cérémonie des David di Donatello ) que je vous invite à voir grâce au distributeur Destiny Films.

Mad WILL

 



Leonardo d’Agostini, Le Défi du champion, Italie, 2019, 105mn

Sortie : 5 août 2020
Genre : comédie dramatique
Classification : non renseignée

Avec : Stefano Accorsi, Andrea Carpenzano, Massimo Popolizio, Anita Caprioli, Mario Sgueglia, Ludovica Martino, Camilla Semino Favro, Matteo Albano
Scénaristes : Leonardo d’Agostini, Antonella Lattanzi, Giulia Steigerwalt
Directeur de la photo : Michele Paradisi
Musique
: Ratchev & Carratello
Montage : Giannu Vezzosi

Producteurs : Matteo Rovere, Sydney Sibilia
Directeur de la production : Carlo Traini
Vendeur à l’international : True Colors
Distribution : Destiny Films

En savoir plus sur le film avec CCSF : Le Défi du champion

Andrea Carpenzano Le Défi du champion



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