Du 25 novembre au premier décembre se tiendra la 22e édition du festival PriMed à Marseille. Ce festival du film documentaire et du reportage propose vingt-cinq regards sur l’actualité, à travers les vingt-cinq films qui seront projetés gratuitement tout au long de la semaine. Et plus de la moitié du public étant formé de lycéens, il assume un travail d’éducation à la citoyenneté.

Quels films ?

Vingt-cinq films sont en compétition, dont l’objectif est de retranscrire l’Histoire et la vie autour de la Méditerranée, à travers des documentaires et des reportages, entraînant des débats et des rencontres. « C’est le festival de la Méditerranée en images, nous explique Valérie Gerbault, déléguée générale du CMCA (Centre méditerranéen de la communication audiovisuelle) qui organise le PriMed. Chaque année, nous recevons environ 400 films documentaires et reportages sur la Méditerranée. C’est le regard du monde entier, car les films ne proviennent pas uniquement de pays du bassin méditerranéen. » Plusieurs prix seront remis aux films en compétition, à la fin de la semaine, dont un prix du public et un prix des jeunes de la Méditerranée (anciennement prix Averroès junior).

Dans les thèmes des films en compétition, on distingue une ligne claire. Le CMCA dit  privilégier la qualité et la créativité des contenus et des formes artistiques, nous y relevons toutefois une forte connotation sociale, environnementale et politique. Handicap, sort des femmes ou des migrants, pauvreté, environnement, guerre, identité : autant de sujets qui se rejoignent dans une optique « d’éducation à la citoyenneté euro-méditerranéenne », ainsi que l’assume le CMCA. « Ce sont des thématiques d’actualité, se défend Valérie Gerbault. Nous assumons de mettre le débat sur la table. Nous montrons des films qui sont le point de vue des réalisateurs et des documentaristes. Nous n’assumons pas le contenu des films. Ce sont des problématiques qui sont traitées dans l’actualité et que l’on a le temps de traiter plus longuement à travers des documentaires que dans un journal télévisé. C’est l’actu qu’on travaille. Ce sont en effet des sujets de société graves. Il y a des enjeux méditerranéens évidents mais notre idée est simplement de poser le débat et c’est un jury qui sélectionne les films. Les thématiques s’imposent à nous. Au-delà de la qualité artistique de l’image, il y a aussi des sujets dont on n’a pas entendu parler, et que nous mettons sur la table. »

Éduquer la jeunesse

Affiche festival PriMed 2018 à Marseille« Une partie très importante pour nous est le travail fait avec les lycéens. 3 500 lycéens des deux rives de la Méditerranée visionnent les documentaires, certains forment un juré. » La nouveauté de l’année, c’est un prix “Moi, citoyen méditerranéen” qui « s’inscrit dans la continuité du travail mené par le CMCA sur l’éducation à la citoyenneté euro-méditerranéenne, croisant les regards et réflexions des lycéens au-delà des frontières ». Sur le thème “Mon geste pour la planète”, « les lycéens sont invités à proposer une œuvre d’une minute, filmée sur smartphone, traitant ce sujet de manière originale et personnelle ».

« Du 27 au 30 novembre, tous les matins sont dédiés aux lycéens. Ceux-ci viennent débattre des films qu’ils ont vus. À la sortie, c’est une éducation à la démocratie. Au départ, c’est une éducation à l’image et une éducation à la citoyenneté méditerranéenne et à la sortie, c’est aussi une éducation à la démocratie, car ils votent pour le film qu’ils ont préféré. Nous donnons la parole aux jeunes qui nous disent leur ressenti et ce sont les adultes qui rebondissent sur ce qu’ils disent. » Des master class sont par ailleurs prévues les après-midi avec les réalisateurs et les documentaristes.

« Nous avons un accord de partenariat avec le rectorat d’Aix-Marseille pour une éducation à la citoyenneté et à l’image », nous indique Mme Gerbault.

Quel financement ?

Six mille personnes sont attendues dans le cadre de ce festival, dont une majorité de lycéens, et tout y est gratuit. Qui paye ? Le CMCA est financé par la région PACA « en majorité », nous apprend sa déléguée générale. La ville de Marseille y contribue également, de manière financière et « en mettant à notre disposition la bibliothèque de l’Alcazar ». Il y a par ailleurs un apport des chaînes de télévision, qui payent une adhésion au CMCA et participent pour certaines au financement du prix, notamment le groupe France Télévisions, la Rai, l’INA, etc. « Le financement provient en majorité des collectivités, mais aussi des chaînes et des institutions audiovisuelles. »

Ce primat du discours socio-éducatif sur la création artistique n’est évidemment pas sans poser question. En France, nous avons fini par nous habituer, sinon par nous y résoudre, est-ce pourtant le rôle des structures financées par l’État et autres pouvoirs publics d’éduquer les lycéens « à la citoyenneté euro-méditerranéenne » ? L’art n’est-il donc plus suffisant à exprimer par lui-même le drame du monde, sans qu’un discours ne vienne tout envahir ? Faut-il une idéologie – aussi fondée soit-elle et avec toute la bonne volonté du monde – pour voir son événement labellisé par les collectivités territoriales ? Autant d’interrogations qui demeurent aujourd’hui sans réponse…

Matthieu DE GUILLEBON



Photographie de Une – Marseille, ils ont tué mon fils d’Édouard Bergeon et Philippe Pujol



 

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