Ce mercredi 6 avril, c’est la Journée internationale du sport pour le développement et la paix. L’occasion de revenir sur les rapports étroits et passionnés qu’entretiennent le cinéma et le sport depuis la création du 7e art.

Dès les premiers pas du 7e art, le sport et les sportifs ont inspiré de nombreux réalisateurs. Est-ce bien étonnant ? Le cinéma est l’art de capter le mouvement, de façonner des héros, de maintenir le spectateur en tension quant au dénouement de l’histoire, entre victoire et défaite, « objectif atteint ou non » en termes cinématographiques.

Si le « film sportif » n’est pas un genre cinématographique à part entière, il a été décliné dans toutes ses formes : le film biographique, comme dans Ali de Michael Mann (2001), le film historique, comme dans Les Chariots de feu de Hugh Hudson (1981), la comédie dramatique, comme dans Looking for Eric de Ken Loach (2009), la comédie, comme dans Rasta Rockett de Jon Turteltaub (1994), le thriller, comme dans Cliffhanger de Renny Harlin (1993) et Vertical Limit de Martin Campbell (2000), la science-fiction, comme dans Rollerball de Norman Jewison (1975), et bien entendu le drame, comme dans… énormément de films sportifs.

Jeune apprenti prometteur ou ancien champion sur le retour, sport réel ou sport fictif (comme le Quidditch dans Harry Potter ou le Rollerball dans le film précédemment cité), le sport au cinéma permet en réalité d’aborder énormément de thématiques diverses, créant souvent des personnages à la complexité séduisante : l’ascension sociale, la force volontariste, l’esprit de sacrifice, l’ambition, la folie du succès, l’addiction, la vengeance…

Il existe des centaines de sports très variés, plus ou moins représentés sur le grand écran. Et pour cause, certains sont plus faciles à filmer que d’autres…

Retour sur le sport au cinéma, à travers un TOP 5 des sports les plus souvent portés à l’écran.

5/ Sport automobile

Que le film tourne entièrement autour de la course automobile, comme dans le récent Le Mans 66 de James Mangold, ou qu’elle soit reléguée au second plan, comme dans Un homme et une femme de Claude Lelouch, la course automobile comporte des dimensions attrayantes pour les réalisateurs : retranscrire la sensation de vitesse en communiquant la tension liée à la dangerosité extrême du sport.

L’un des premiers films marquants mettant en scène des coureurs automobiles est probablement Ligne Rouge 7000, réalisé par Howard Hawks en 1965, dans lequel la compétition automobile fusionne avec la compétition de conquêtes féminines des personnages principaux. Les femmes ont d’ailleurs souvent une place significative, entre objets à séduire et à impressionner par des prouesses sportives et veuves éplorées des suites d’un accident. C’est le cas également du film Grand Prix, de John Frankenheimer, tourné lors du championnat mondial de formule 1 de 1966, énorme succès critique et commercial, qui rafle trois Oscars.

C’est aussi le cas dans ce qui demeure probablement le film le plus emblématique de la course automobile : Rush de Ron Howard, sorti en 2013, avec Chris Hemsworth et Daniel Brühl. Le film se déroule dans les années 1970 et retrace la compétition incessante et palpitante entre les deux plus grands coureurs de l’époque : l’excentrique et séducteur anglais James Hunt et le méticuleux autrichien Niki Lauda.

Afin de s’éloigner au maximum de l’esthétique télévisée, Ron Howard tourne chaque scène de course avec pas moins de trente caméras en simultanée, afin de varier les points de vue : sur la route, les voitures, les costumes des comédiens, etc., pour offrir une immersion maximale aux spectateurs et favoriser un montage hyper dynamique.

On retrouve d’ailleurs cette volonté de plonger le spectateur au cœur de l’action très tôt dans l’histoire du cinéma : en 1927, Buster Keaton place sa caméra directement sur l’aviron qu’il dirige dans son film Sportif par amour. Ici encore, Buster Keaton – qui déteste le sport – s’essaie à différentes disciplines sportives, afin de conquérir celle qu’il aime.

4/ Le football  

Le football est le sport le plus populaire au monde, regroupant plus de trois milliards de spectateurs à chaque coupe du monde. Mais si on pense « football au cinéma », il est difficile de se rappeler naturellement un vrai bon film. Il est plus fréquent d’avoir un personnage fan de football qu’un personnage footballeur.

Cela s’explique sans doute par le fait que le football fait partie de ces sports pas très cinématographiques – ou en tout cas, très difficiles à filmer. Que ce soit la taille imposante du stade ou le ballon qui circule de manière plus ou moins aléatoire, le football n’est pas un sport de tension. On retient bien souvent une ou deux belles actions dans un match, mais sur la durée, le football est un sport de construction, au rythme assez lent.

Si on recense près de trois cents films autour du monde footballistique, avec une forte dominante du genre comique (et de nationalité anglaise), on peut constater que le football n’a pas encore vu naître son « grand film ».

On peut soulever au-dessus du lot les films de Ken Loach, dans lesquels le football est presque toujours cité, en particulier My name is Joe (1998) et surtout Looking For Eric (2009).

Ken Loach est un immense féru de football et ne s’en est jamais caché, lui qui reconnaît qu’entre un film moyen et un match moyen, il préfère regarder un match moyen, parce que « avec un match, même moyen, on ne sait pas comment ça va se terminer ».

Avec Looking for Eric, Ken Loach propose une approche très originale, voire unique, du sport. Et s’il se défend d’avoir réalisé un film « sur le sport », le football parcourt le récit, par la présence d’Éric Cantona bien sûr, mais aussi d’un point de vue thématique : le football est synonyme de réussite, de persévérance, de combat collectif, contre l’individualisme latent. À travers cette histoire touchante entre « King » E. Cantona, la légende de Manchester United, et l’un de ses fans se sentant en perpétuel échec, Ken Loach parvient à nous offrir un film social profond par le biais d’une comédie populaire.

3/ L’Athlétisme

La course a ça de particulier qu’elle ne demande rien d’autre que son propre corps, et sa force mentale. Que ce soit dans le cadre des prestigieux Jeux Olympiques, comme dans le film Le Chevalier du stade de Michael Curtiz en 1951, ou en tant que simple défi personnel comme pour Forrest Gump dans le film éponyme, la course a pris de nombreux visages au cinéma. C’est ce que raconte l’excellent documentaire de Pierre Morath, Free to run, sorti en 2016. Mêlant sport et histoire, le film retrace l’évolution de la course à pied, des années 1960 à nos jours, démontrant comment un simple loisir est devenu un modèle planétaire, synonyme de combat pour la liberté.

Mais même avant les années 1960, l’athlétisme au cinéma s’accompagne souvent d’une thématique politique et sociale. C’est le cas du film biographique La Couleur de la victoire de Stephen Hopkins, en 2016, retraçant le combat courageux de Jesse Owens, jeune coureur afro-américain victime de la politique ségrégationniste de son propre pays, qui décide de courir au J.O. de Berlin de 1936, en pleine montée du nazisme.

C’est bien évidemment le cas du film sur l’athlétisme le plus mythique : Les Chariots de feu d’Hugh Hudson, réalisé en 1981, reçoit quatre Oscars, dont celui du meilleur film et du meilleur scénario, et le prix d’interprétation masculine à Cannes pour Ian Holmes. Librement inspiré de faits réels, le film traite du combat contre la xénophobie et pour la liberté religieuse, dans ce monde britannique encore ultra-conservateur des années 1920, à travers la course effrénée et la force mentale de ses deux personnages principaux.

2/ Le baseball

Le baseball est un sport énormément traité au cinéma, notamment (et sans surprise) aux États-Unis. Le premier film consacré au baseball date de 1898 ; il est réalisé par Thomas Edison. S’il ne se contente de nous montrer que quelques simples lancers à la chaîne, le premier film scénarisé, lui, date de 1906 : How The Officer Boy saw the Ball Game, de Thomas Edison toujours.

Étant donné qu’il est l’un des sports les plus adulés par les Américains (avec le football américain et le basketball), les réalisateurs savent qu’ils ont de bonnes chances de rencontrer leur public. De nombreux acteurs célèbres ont prêté leurs traits à des rôles de joueurs ou d’entraîneurs de baseball, fictifs ou historiques. C’est le cas de Gary Cooper qui incarne, en 1942, Lou Gehrig dans Vainqueur du Destin, onze fois nominés aux Oscars ; mais aussi de Robert Redford dans Le Meilleur de Barry Levinson, en 1984, de Kevin Costner dans Jusqu’au bout du rêve en 1989, de Tom Hanks dans Une équipe hors du commun, en 1992, et plus récemment de Brad Pitt dans Le Stratège réalisé par Bennett Miller en 2011. C’est le premier film sportif du réalisateur qui enchaîne avec Foxcatcher, un film sur la lutte.

Pourtant, avec Le Stratège, Bennett Miller se défend de faire un « film de sport » : « Les figures de style “obligatoires” des films de sport ne m’intéressent pas. Franchement, les héros portés en triomphe sur les épaules de leurs coéquipiers, avec le stade en délire, les bouchons de champagne qui sautent et les feux d’artifice, très peu pour moi ! Je préfère le triomphe tranquille, celui qui brille d’une flamme plus discrète et dure plus longtemps parce qu’il est le résultat d’un combat surtout intérieur. »

1/ La boxe

Évidemment, nous clôturons ce TOP 5, sans surprise, avec la boxe qui est, de très (très) loin, le sport le plus représenté au cinéma. Il est, à vrai dire, tellement représenté, qu’on pourrait estimer que le « film de boxe » est devenu un genre à part entière.

Cela peut s’expliquer en grande partie par l’aspect cinématographique de ce sport, qui offre aux réalisateurs une vraie liberté esthétique et une tension narrative forte. Un ring de boxe, c’est un espace de jeu à échelle humaine, un cadre dans le cadre bien éclairé, qui permet au metteur de scène de chorégraphier, de rythmer, d’esthétiser ses séquences.

Impossible donc de faire le tour de ce qui nous est proposé, d’autant qu’indépendamment du nombre impressionnant de films, beaucoup sont de réelles pépites qui méritent d’être relevées. Raging Bull de Martin Scorsese, Rocco et ses frères de Luchino Visconti, Million Dollar Baby de Clint Eastwood (qui a le mérite assez rare, de choisir une femme en personnage principal, et non comme figure séduite ou éplorée), Gentleman Jim de Raoul Walsh, Creed de Ryan Coogler, l’injustement moins célèbre Marqué par la haine de Robert Wise et, bien sûr, le plus célèbre, le plus populaire, le plus incontournable : Rocky, de John G. Avildsen, qui révèle et consacre mondialement l’acteur Sylvester Stallone.

Avec six longs-métrages, Rocky est devenu une référence majeure pour toute une génération : un scénario simple, sublimé par une structure et une mise en scène diablement efficace. Et s’il reste, presque quarante-cinq ans après la sortie du premier film, toujours aussi présent dans les esprits, c’est sans doute parce que, comme l’analyse le cinéphile et documentariste sportif Julien Camy, « Rocky a sanctifié les codes du film de sport. […] Avant que le sportif ne parvienne à ses fins, on passe par les scènes traditionnelles de l’entraînement. »

On y retrouve cet homme lambda, un peu pitoyable, enfant des rues, qui, par sa persévérance et sa volonté inébranlable, finit par sortir victorieux – mais cette victoire est, là encore, avant tout intérieure. Car Rocky n’est pas un film de boxe. C’est un film social, une histoire d’amour, une histoire à échelle humaine.

Maïlys GELIN

 

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