Les films français maintiennent leur audience à la télévision, tandis que le cinéma américain perd peu à peu son hégémonie dans les salles françaises – le tout, grâce à une politique audiovisuelle française forte. C’est ce qui ressort du récent rapport du CNC sur l’année de 2020. Décryptage.

Le rapport du CNC sur l’année 2020 vient de paraître. Il analyse l’évolution de la fréquentation, de l’audience, de l’export et de l’import des films dans le monde, de la production et des investissements, ainsi que les nouveaux modes de consommations, de la VàD (plateformes diverses) à la télévision.

L’année 2020 ayant été particulière à cause des confinements successifs dans le monde entier, le nombre d’entrées dans les salles a nécessairement chuté et biaise en ce sens l’évolution naturelle de l’appétence pour le cinéma. Mais les données révèlent toutefois des tendances qui se confirment depuis plusieurs années, comme l’augmentation de la fréquentation des plates-formes et la baisse du nombre d’achats de vidéos physiques (DVD, Blu-ray), même si cette dernière est également une conséquence des confinements, avec l’obligation de la fermeture des commerces.

Indépendamment de ces variables liées aux confinements, l’appétit pour les films français ou étrangers, en VàD, à la télévision ou en salles, donne une idée précise des préférences des spectateurs. Car cette évolution dépend davantage des goûts que des conditions. Enfin, la télévision comme le cinéma ont connu en 2020 une évolution de la diffusion de films français face aux films étrangers et notamment américains.

Les films français maintiennent leur audience à la télévision

Si l’année 2020 a été marquée, depuis le 7 août, par la fin des jours et horaires interdits pour la diffusion de films à la télévision, interdiction qui courait depuis trente ans, toutes les chaînes n’ont pas forcément augmenté l’offre cinéma. Mais certains changements ont eu lieu.

Le plus intéressant est que l’offre française a augmenté de cent vingt-six films par rapport à 2019, toutes chaînes confondues. Ainsi, sur les chaînes nationales de la télévision française, 47,6 % des films diffusés sont français (44,4 % en 2019), contre 33 % américains (34,2 % en 2019) et 17,3 % européens (18,6 % en 2019). Ce sont aussi neuf films américains de plus et neuf films européens en moins qu’en 2019. Le pourcentage de films américains n’a jamais été aussi bas depuis dix ans, alors qu’il se situait à 35,8 % en 2011, 38,1 % en 2013 et 35,9 % en 2016, à titre de comparaison. La part de films européens se retrouve quant à elle proche du niveau de 2011, soit 17,2 %.

Si l’on regarde la part des films inédits diffusés en clair à la télévision, la tendance est encore plus marquée puisque 46,2 % sont français et 28 % américains. Le cinéma français a donc su garder sa place de meneur à la télévision, comparé à l’offre qualitative de films européens et américains. Si les chiffres offrent un éclairage clair sur le nombre de diffusions, ils sont aussi éloquents concernant l’audience. En effet, depuis 2016, la meilleure audience du cinéma à la télévision est enregistrée par une comédie française. En 2020, Les Visiteurs a enregistré 8,1 millions de téléspectateurs lors du premier confinement, Bienvenue chez les Ch’tis a battu les records à deux reprises en 2019 et 2017, tout comme Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? en 2018 et en 2016.

Le cinéma américain perd peu à peu son hégémonie dans les salles françaises

Durant l’année 2020, les salles de cinéma ont été fermées de la mi-mars à la fin mai, ainsi que les mois de novembre et décembre. La part de films français projetés pour la première fois était alors de 53,4 % en 2020 contre 52,4 % en 2019.

Au moment où les cinémas ont pu rouvrir leurs portes pendant l’été, davantage de films français étaient exceptionnellement proposés au public, même s’ils étaient rares, de nombreux films étrangers ayant annulé leur sortie en France. Nous aurions pu penser que les Français les bouderaient, étant donné la tendance à leur préférer les films américains. Il n’en a rien été puisque, en quelques semaines, les films enregistraient un nombre d’entrées colossal en comparaison de ce à quoi ils auraient dû s’attendre d’habitude (Adieu les cons, Antoinette dans les Cévennes).

Pour le reste de l’année, les films américains représentaient tout de même 15 % des films à l’affiche en 2020 contre 17,5 % en 2019. Cette baisse significative s’observe d’ailleurs depuis dix ans et n’est pas seulement consécutive au confinement :
– en 2011, 48,1 % des films étaient français et 23,6% américains ;
– en 2016, 50,8 % des films étaient français et 20,9 % américains ;
– en 2018, 51,9 % des films étaient français et 18,6 % américains.
Cette baisse est due à deux facteurs : d’une part, l’augmentation des films étrangers hors Europe (Inde, Chine, Japon) directement mis en concurrence avec le cinéma américain et d’autre part, la volonté politique du CNC de garantir au cinéma français une part majoritaire dans les salles.

Cependant, le cinéma américain se distingue par un nombre d’entrées assez important (41,6 %), tandis que les films français représentent 44,9 % des entrées pour les longs-métrages. À titre d’exemple, quatre films français franchissent le million d’entrées en 2020, avec Ducobu 3 en tête, quand parallèlement les films américains en ont le double, avec Tenet en haut de la liste. Cette même tendance se retrouve pour la VàD. Parmi le top 10 en 2020, trois films français : Inséparables, Les Misérables et 10 jours sans maman ; le reste est trusté par les films américains, Joker en première place, La Reine des neiges 2 en second, Sonic le film en cinquième place.

La France est le pays qui a proposé le plus de films nationaux en salles en 2020 face au nombre de films américains. Elle se distingue sur ce point des autres pays européens. À titre d’exemple : l’Allemagne a été jusqu’à constituer 56,5 % de son offre en salles avec des films américains, contre 21,5 % nationaux en 2019 ; en 2020, le ratio était de 45,7 % contre 35,1 %. Nous ne pouvons donc que saluer la politique audiovisuelle française qui favorise la diffusion du cinéma national sur les chaînes et sur grand écran.

Louise ALMÉRAS

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En savoir plus : Bilan 2020 du CNC

 



 

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