Donner à ses cours un aspect plus ludique et moderne, tout en suivant le programme, c’est possible pour les enseignants grâce à la plate-forme Zérodeconduite. Celle-ci joue le rôle d’intermédiaire entre les distributeurs et les établissements scolaires, pour faciliter le visionnage de films dans le cadre éducatif.

Les films de cinéma sont un vivier culturel, notamment pour l’apprentissage des langues, l’une des fonctions principales de la plate-forme Zérodeconduite. Vital Philippot, son fondateur, la crée il y a quinze ans. Depuis, l’essor du numérique ne fait que donner raison à cette initiative.

Créer une communauté d’enseignants autour du cinéma

Au départ, il existe une simple agence de communication visant à promouvoir les films à destination des enseignants, pour le compte des distributeurs. « Nous nous sommes rendu compte que nous avions besoin d’un media pour informer directement les enseignants, au lieu de le faire au compte-gouttes, explique Vital Philippot. Le but était aussi de créer une communauté d’enseignants. »

Le site propose des dossiers pédagogiques sur les films qui sortent en salles ou qui sont intéressants pour les programmes de cours, mais est aussi là « pour aider les enseignants à accéder aux films, avoir accès à une offre légale et montrer ces films à leurs élèves ».

Cela se décline de plusieurs manières. « Il existe une plate-forme pour mettre en relation les professeurs avec les salles, détaille le fondateur de Zérodeconduite. Nous avons également un service de vente de DVD avec droits institutionnels, c’est-à-dire que nous achetons les DVD aux éditeurs avec une licence que vont pouvoir utiliser les établissements scolaires. Ensuite, nous mettons en place l’offre VOD, qui a vocation à remplacer peu à peu les DVD, depuis la rentrée 2021. » Les enseignants ont même la possibilité de donner leur avis sur le site au sujet d’un film, pour le recommander à leurs collègues ou non.

Une offre en pleine croissance

La plate-forme VOD, encore à l’état de version pilote, s’adresse aux professeurs de langues au collège et au lycée. Pour l’occasion, Zérodeconduite prend même soin d’y ajouter des sous-titrages quand c’est nécessaire. L’ambition à terme est d’ouvrir cette plate-forme à toutes les disciplines des collèges et lycées.

Le fondateur du site explique à cette fin qu’il souhaite « procéder à l’achat d’autres films pour qu’ils aient accès à un catalogue beaucoup plus important. Pour cela, nous espérons un partenariat avec le CNC, étant donné le coût de l’investissement. » Sachant que la sélection des films est sérieuse et de qualité, toujours à but éducatif.

Concrètement, les opérations en salles sont financées par les distributeurs, « puisque tout est gratuit pour les enseignants et les exploitants ». Ceux-ci se remboursent lorsque les groupes scolaires viennent en salles pour voir le film, puisque les élèves doivent acheter leur place qui leur coûte seulement cinq à six euros. « Pour le reste, nous prenons une commission sur les DVD et les films en VOD vendus, pour lesquels ils doivent aussi acheter la licence. »

Des dossiers faits sur-mesure

Depuis le lancement de cette initiative, apprendre avec le cinéma est devenu une approche incontournable. La preuve, près de 68 000 enseignants sont inscrits sur la plate-forme, plus de 1 500 séances sont organisées chaque année dans les 800 cinémas partenaires et plus de 350 dossiers pédagogiques sont disponibles sur le site.

Ces dossiers, à destination exclusive des enseignants, constituent la mission principale de Zérodeconduite. Rédigés par des journalistes, des enseignants de cinéma et de la discipline concernée, ils sont vraiment complets et passionnants. « Pour les réaliser, nous partons vraiment de la demande des professeurs d’avoir des outils pour traiter leur programme ; nous ajoutons des exercices clé en main pour travailler sur le film, tout en instillant de l’éducation à l’image, des questions sur la mise en scène », explique Vital Philippot.

Les derniers en date sur le site ont été faits pour La Part des anges (2012), de Ken Loach, le court-métrage El Silencio del río (2020), de la Péruvienne Francesca Canepa, et Les Rêves dansants. Sur les pas de Pina Bausch (2010), d’Anne Linsel et Rainer Hoffman, respectivement à destination des cours d’anglais, d’espagnol et d’allemand. Des films récents sont également disponibles, tels que Los Lobos (2022), de Samuel Kishi Leopo, ou Simone, le voyage du siècle (2022) d’Olivier Dahan.

Posséder un catalogue de films en VOD va bientôt devenir incontournable à l’ère du numérique. Preuve en est, le site a « enregistré 9 000 nouveaux inscrits depuis septembre, au moment où nous avons lancé l’offre VOD. Avec les nouvelles générations de professeurs qui arrivent, constate Vital Philippot, il y a un intérêt croissant pour l’audiovisuel dans les établissements scolaires. »

Voir les films dans de bonnes conditions

Mais une autre raison, moins glorieuse, explique le travail de Zérodeconduite. « Si nous l’avons lancée, c’est aussi pour limiter, voire mettre fin aux problèmes de piratage de la part des enseignants qui souhaitent montrer les films aux élèves. Cette pratique a explosé pendant le confinement, puisque les DVD étaient impossibles à utiliser. Il faut dire que, jusque-là, ils n’avaient pas d’alternative légale. Nous sommes donc les seuls à leur proposer ce service. » Dans cette perspective, le site a mis en place la possibilité de pouvoir montrer les films aux élèves à distance, via un lien internet éphémère. « Notre but est de leur permettre de voir des films dans de bonnes conditions. C’est également un service rendu à la filière audiovisuelle. »

Si certains enseignants n’ont pas encore recours aux films pour étoffer le contenu de leurs cours, Vital Philippot estime « qu’il est beaucoup plus facile de capter l’attention des élèves en proposant du contenu audiovisuel, des séries, des films, que de partir du texte. Par ailleurs, comme ils font partie d’une génération de l’image, il faut les éduquer à cela. »

L’analyse de l’image, de la mise en scène, apprendre à réfléchir par soi-même face à l’impact que peuvent avoir les images… Autant de moyens pour armer les jeunes et leur permettre de décrypter les contenus, dans un monde de plus en plus pétri d’audiovisuel, pour le meilleur et pour le pire.

Louise ALMÉRAS

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Source photographique : Pixabay



 

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