Développer le numérique sans dénaturer les missions de la culture, telle est l’ambition de Marc Drouet, DRAC en Auvergne-Rhône-Alpes. Entretien.

Si, dans les arts et la culture, le numérique est de plus en plus présent, omniprésent, voire ubiquiste, c’est notamment dû à l’impulsion du ministère de la Culture et de son programme d’investissements « Transformer les industries culturelles et créatives grâce au numérique ». Selon Marc Drouet, la DRAC a d’ailleurs trois priorités : le fait numérique, l’aménagement du territoire et la transition écologique.

Spectacle vivant, photographie, jeu vidéo, cinéma et métavers, comment le numérique crée-t-il des passerelles entre les différents domaines artistiques ? Comment l’intégrer au sein des politiques culturelles de telle sorte que la création artistique et les projets culturels conservent du sens ?

Rencontre avec Marc Drouet, le directeur régional des affaires culturelles Auvergne-Rhône-Alpes depuis juin 2020, pour connaître son ambition et les missions portées par l’institution dans ce champ transversal.

Parmi les différentes missions de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, le numérique est-il devenu une priorité ? S’agit-il de le développer pour assurer les beaux jours de la création ?

Dans le cadre de notre stratégie et compte tenu du contexte local, nous avons identifié un certain nombre de priorités, de sujets et d’actualités. Parmi eux, il y a ce que j’appelle le « fait numérique« , qui est une évidence, mais nous restons dans le cadre de nos missions. Nous ne dénaturons pas nos missions qui sont : une politique d’offre, d’une part, qui consiste à soutenir la création et les patrimoines, et que nous essayons ensuite de mettre à la disposition du plus grand nombre ; d’autre part, nous menons une politique de demande, c’est-à-dire d’écoute de ce que souhaitent la population et leurs élus. Nous travaillons au moyen de l’éducation artistique et culturelle, pour essayer de faire émerger une demande qui soit aussi le produit d’un jugement esthétique, c’est-à-dire qui ne soit pas simplement de l’ordre du « j’aime, je n’aime pas ; c’est beau, ce n’est pas beau ». C’est donc au travers de l’éducation artistique et culturelle que nous souhaitons faire émerger cette demande, parce que c’est important que celle-ci émerge et qu’elle reste dans l’objectif du ministère de la Culture.

Comment la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes se positionne-elle par rapport au fait numérique ? Et comment ce dernier intervient-il dans vos politiques culturelles, et en particulier dans le champ audiovisuel ?

Le numérique, c’est un fait aujourd’hui incontournable. Nous, ce que nous regardons avec l’ensemble des partenaires, c’est la manière dont nous pouvons soumettre le numérique à nos politiques publiques et pas l’inverse. Ce serait embêtant, que celui-ci soumette les politiques publiques à ses objectifs, qui sont tout à fait louables, mais qui ne sont pas forcément les nôtres. Nous avons donc repéré tout un réseau autour du numérique, avec lequel on travaille, et nous allons essayer de connaître les nouveaux métiers qui gravitent autour des jeux vidéo, de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée. On se rend compte que c’est un écosystème, que ceux qui ont été formés et qui ont travaillé dans les jeux vidéo peuvent travailler sur la réalité virtuelle ou la réalité augmentée, éventuellement avec des maîtres d’ouvrages de musées ou de monuments qui ont envie de modifier les expériences de leurs visiteurs.

S’il y a des usages du numérique transversaux, comme vous venez de l’évoquer dans le patrimoine, quelles sont les passerelles qu’il permet de créer avec les autres arts ?

Ce que nous essayons d’accompagner et ce que nous avons intérêt à aider et à soutenir, c’est le développement de cette filière qui passe par les jeux vidéo, l’image animée, le cinéma, les séries et le dessin animé, en faisant en sorte que nous y retrouvons le sens de ce que nous portons dans nos politiques publiques. En ce moment, au théâtre Nouvelle Génération à Lyon, il y a un festival qui représente justement ces passerelles entre le spectacle vivant et les nouvelles technologies notamment, avec des propositions très intéressantes, telle la première adaptation en réalité virtuelle des Aveugles de Maeterlinck avec des nuages de points et beaucoup de poésie. Voilà un exemple où l’on est physiquement réunis dans un lieu de spectacle vivant et on a une vraie expérience de réalité virtuelle immersive. Tout ça se passe dans une salle, en relation physique avec les artistes et le public qui se retrouve. Le public n’est pas seul, isolé, chez soi : il y a aussi cet aspect collectif qui est évidemment important à préserver. Il y a de plus en plus de metteurs en scène qui utilisent les technologies du cinéma pour faire des parallèles. Au Théâtre national populaire de Villeurbanne, cette fois, j’ai vu une adaptation de Dogville de Lars von Trier, dans laquelle on avait justement ces allers-retours permanents entre les comédiens et l’image.

Avec le contexte de crise sanitaire, comment répartissez-vous le budget de la DRAC entre les différents domaines artistiques, pour le soutien aux projets et en faveur du numérique ?

On a des crédits au niveau national qui ont été annoncés par la ministre de la Culture ; elle a débloqué 400 millions d’euros au titre du plan d’investissements d’avenir. Le président de la République a par ailleurs annoncé 600 millions d’euros… C’est donc un milliard qui peut être mobilisé au niveau national pour des projets. Cet argent est disponible à travers des appels à projets, de sorte que nous avons créé une direction de projets à la DRAC : nous allons à la rencontre de ces professionnels, nous regardons ce qu’ils font, nous écoutons leurs besoins et nous essayons de voir de quelle manière nous pouvons les aider, en faisant en sorte qu’ils récupèrent ces investissements et que la filière puisse se développer. C’est un équilibre à avoir. Dans le budget alloué aux projets pour les nouvelles technologies et le numérique, nous ne faisons pas de différence : si ça peut être au service du spectacle vivant, c’est très bien, si c’est pour les patrimoines, c’est très bien aussi, et si c’est pour l’image animée également. Nous pourrons faire le bilan au moment venu, pour voir comment ça a aidé davantage tel ou tel secteur. L’important est que, dans ce que nous soutenons et dans ce qui va se développer, ça ne vienne jamais remettre en cause la nature du spectacle vivant, qui est la rencontre physique avec les spectateurs : ça, nous y sommes très attachés.

Propos recueillis par Morgane MACÉ

Lyon - DRAC Auvergne-Rhône-Alpes (© Morgane Macé)

Lyon – DRAC Auvergne-Rhône-Alpes (© Morgane Macé)



 

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