Deux documentaires iraniens et un programme pour les tout-petits (dès 4 ans), distribués par Les Films du Whippet, sortent en e-cinéma, sur la plate-forme de la Vingt-Cinquième Heure.

Rencontre avec Maud Weicherding, directrice de la société de production Les Films du Whippet.

Comment sont nés les Films du Whippet ?

À l’origine, je suis exploitante d’un cinéma indépendant, art et essai, dans le sud-ouest de la France. J’ai suivi une formation pour animer des stages de cinéma à destination du jeune public, à l’Association française des cinémas art et essai, ce qui m’a donné l’envie de distribuer des films pour les enfants. L’idée était de proposer des films autres que ce que l’on a l’habitude de voir, à savoir les Walt Disney et les Pixar, que je ne remets pas en question, certains étant très bons, mais qui fonctionnent comme des produits cycliques, avec le même drame et les mêmes ingrédients. Je voulais pour ma part proposer des films différents, tant par le fond que par la forme, c’est-à-dire par des techniques d’animation différentes, traditionnelles ou originelles, empreintes de poésie, avec une ouverture forte sur l’imaginaire.

Pourquoi avoir privilégié des films spécialisés dans le très jeune public ?

À l’origine, ce n’était pas prévu, mais nous avons vu que nous savions faire du très jeune public et surtout qu’il y avait un marché pour ce genre de films. Nous avons ainsi beaucoup de programmes qui ne dépassent pas quarante à quarante-cinq minutes et qui rassemblent plusieurs courtes histoires, produites dans des pays différents, autour d’une thématique commune ou d’une même technique d’animation.

Comment le volet documentaire est-il venu compléter votre catalogue ?

Avec la distributrice Nasrine Médard de Chardon, qui défend le cinéma iranien en Europe, nous avons découvert, au festival de Clermont-Ferrand en 2005, toutes les pépites du studio d’État Kanoon, qui est un studio d’animation qui regorge de courts-métrages d’animation pour les tout-petits. Nous avons alors monté notre premier programme, La montagne aux bijoux, avec le réalisateur Abdollah Alimorad que nous avons suivi par la suite, puisque nous avons sorti notre plus grand succès, Le petit monde de Bahador, qui a reçu le Grand prix Cannes junior en 2005. Nous avions donc un pied dans le cinéma iranien. Nasrine Médard de Chardon m’a présenté un jour Mehrdad Oskouei, un réalisateur et photographe professionnel reconnu dans le monde du documentaire, qui venait de tourner Les derniers jours de l’hiver, sur des adolescents en maison de correction à Téhéran. Ce fut un coup de cœur ! Nous savions dès le départ que le film ne serait pas facile à exploiter, du fait de son format télé (c’est un 52mn), mais nous avons tout de même pris le risque. Mehrdad Oskouei a poursuivi son travail documentaire avec Des rêves sans étoiles, qui reprend sensiblement le même sujet mais avec des filles : cette œuvre, au format plus adapté pour le cinéma, a été couronnée de plusieurs prix dans des festivals internationaux. Il reste encore un dernier film, puisque le réalisateur a composé une trilogie ; le film a été présenté dans les festivals, mais avec la conjoncture actuelle, nous ne savons pas quand il pourra sortir dans les salles.

Vous avez fait le choix de proposer en e-cinéma sur La Vingt-Cinquième Heure ces deux documentaires de Mehrdad Oskouei, ainsi qu’un programme pour les tout-petits : Lili Pom et le voleur d’arbres. Quelles en sont les raisons ?

Il faut savoir qu’une partie de notre catalogue est déjà disponible en VàD sur la plate-forme UniversCiné. Mais l’originalité de la Vingt-Cinquième Heure est d’être comme une salle de cinéma, en proposant notamment des séances suivies par une rencontre avec un membre de l’équipe du film. J’ai donc choisi ces trois films en raison de la disponibilité des artistes. Le réalisateur Michaël Journolleau, qui est aussi le graphiste des Films du Whippet, présente Lili Pom et le voleur d’arbres, programme franco-iranien de courts-métrages, et s’occupe d’un atelier sur : comment fabriquer un film d’animation ? Il se trouve par ailleurs que Mehrdad Oskouei est actuellement confiné chez sa fille, étudiante à Rennes, qui peut lui servir d’interprète en direct.

Comment avez-vous occupé ce temps de confinement, tandis que vos activités d’exploitante et de distributrice étaient complètement à l’arrêt ?

Le confinement m’a permis de prendre du temps pour visionner beaucoup de films que j’avais reçus et préparer une prochaine sortie. La bonne nouvelle est que nous sommes en acquisition d’un prochain programme franco-slovène qu’on sortira à Noël. On a ainsi pu prendre le temps de construire quelque chose de fort pour les tout-petits.

Quelles sont vos interrogations, alors que les salles de cinéma sont toujours fermées ?

Ma grande interrogation concerne le retour des spectateurs dans les cinémas. Il risque d’y avoir toute une éducation à refaire vis-à-vis des publics. Nous avons été confinés pendant deux mois. Lorsque les salles rouvriront, les gens auront mangé beaucoup de plates-formes chez eux. Auront-ils le désir de revenir dans les salles ? Si oui, pour quels films ? Sans parler de toutes les conditions d’accueil des spectateurs, qui risquent d’être complexes à mettre en place. Concernant plus spécifiquement les Films du Whippet, nous avions une sortie prévue le 25 mars ; elle a été reportée à septembre, en espérant donc que les conditions seront au rendez-vous.

Propos recueillis par Pierre MONASTIER

 



 

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