Molière fête ce mois-ci son 400e anniversaire (1622-1673). Lui dont l’œuvre est abondamment jouée au théâtre, en France et à l’étranger, n’a pas laissé indifférent le cinéma et ce, dès les origines.

Le 15 janvier 1622, à Paris, était baptisé un certain Jean-Baptiste Poquelin. Nous ignorons la date exacte de sa naissance, mais la tradition voulait que l’enfant fût baptisé le jour ou le lendemain de son irruption dans le monde. Alors, mettons aujourd’hui !

Molière, génie du théâtre français ! Depuis 400 ans, ses pièces n’ont cessé d’être mises en scène dans les théâtres du monde entier, son génie ne semblant pas avoir pris une ride. Il n’est donc pas surprenant de constater qu’il n’aura fallu attendre que quelques années après l’invention du cinéma pour découvrir les premières adaptations de l’œuvre de Molière sur nos écrans, avec une version de L’Avare, dès 1908, réalisé par Georges Méliès.

Même si deux films biographiques ont été consacrés au dramaturge, par Ariane Mnouchkine et avec Philippe Caubère (1978), puis, plus récemment, par Laurent Tirard, avec Romain Duris (2007), les adaptations des pièces de Molière ont surtout été tournées pour la télévision.

Retour sur les adaptations de l’indémodable Jean-Baptiste Poquelin, sur le grand et le petit écran.

L’Avare

L’Avare est l’une des pièces de Molière qui a le plus inspiré les réalisateurs, avec quatre adaptations au cinéma et cinq adaptations pour la télévision. Outre la version précédemment citée de Méliès, de nombreux comédiens prêtent leurs traits au personnage du tyrannique Harpagon, dont Michel Aumont, Michel Serrault et Denis Podalydès.

Mais c’est bien évidemment la version de L’Avare datant de 1980, réalisée par Jean Girault et Louis de Funès lui-même, qui reste aujourd’hui encore le plus dans nos mémoires. Si ce n’est clairement pas le meilleur film de Louis de Funès, le film parvient à rester très fidèle à la pièce de théâtre, tout en y intégrant des éléments cinématographiques « gaguesques », servis par le jeu, sinon surprenant, du moins toujours aussi savoureux, d’un De Funès en très grande forme.

Il faut dire que l’acteur sait jouer les hommes égoïstes, hargneux et excentriques. Il avait été d’ailleurs régulièrement envisagé pour ce rôle au théâtre, mais l’acteur avait, jusqu’ici, toujours refusé la proposition : « Il y a vingt ans, j’étais trop jeune pour ce rôle qui exige la maturité. Je suis maintenant prêt à l’affronter. Je l’étudie depuis longtemps tout en lisant et relisant les explications de texte que Charles Dullin a noté lorsqu’il a mis en scène et interprété la pièce. »

À la suite d’un accident cardiaque, De Funès ne sera finalement pas en capacité de monter sur scène et se tournera vers le cinéma, signant avec ce film sa seule réalisation.

Bergman et Molière

Le réalisateur et metteur en scène suédois Ingmar Bergman disait : « Le théâtre est mon métier, le cinéma est ma vocation. » Et parmi les auteurs qu’il a le plus mis en scène au théâtre : Molière, qu’il admirait par-dessus tout. Si les références au théâtre sont omniprésentes dans son cinéma, Bergman a aussi porté à l’écran, à trois reprises, des pièces du dramaturge français : Don Juan en 1965, sous la forme d’un feuilleton, Le Misanthrope en 1974 et L’École des femmes en 1983, en téléfilms.

Bien que ces trois adaptations restent mineures dans l’œuvre du prodigieux cinéaste suédois, il reste le réalisateur qui a probablement le plus creusé l’œuvre de Molière, son auteur préféré avec Strindberg. Et si ces réalisations ne brillent pas par leur originalité, Bergman restant fidèle à une mise en scène théâtrale classique, elles démontrent néanmoins une grande intelligence dans sa compréhension des textes et de ses subtilités.

Le Misanthrope

Avec L’Avare, Le Misanthrope est la pièce la plus adaptée à la télévision, avec pas moins de onze films télévisés, de 1966 à 2000. Outre celui de Bergman, on peut souligner la version de Jacques Weber, réalisé en 1994 avec Patrick Chesnais, Guillaume de Tonquédec, Marie Trintignant, Romane Bohringer et Philippe Khorsand.

Mais il faut attendre 2013 pour avoir une « réelle » proposition cinématographique de l’œuvre, avec Alceste à bicyclettede Philippe le Guay. Avec cette très libre transposition, le réalisateur français modernise la pièce de Molière, en conservant ce qui en fait sa richesse : son humour et son beau langage. Sans essayer de faire de l’intellectualisme, le film est une humble et généreuse comédie, portée par les joutes verbales des deux acteurs, Fabrice Luchini et Lambert Wilson, tous deux clairement dans leur élément.

Un film sans prétention sur le théâtre, le métier de comédien, l’amitié… et sur Molière.

In fine ?

Au bout du compte, il n’y a que très peu d’œuvres cinématographiques à part entière inspirées des écritures de Molière. Se contentant le plus souvent d’une mise en scène de type « théâtre filmé » et d’un jeu d’acteur déclamatoire, rares sont les réalisateurs ayant osé proposer une véritable transposition des pièces, pensée pour le cinéma. À l’image du Tartuffe, réalisé par Gérard Depardieu en 1984, ou des Fourberies de Scapin de Roger Coggio en 1981, il ne suffit pas de s’inspirer d’un grand texte pour obtenir un grand film.

Peut-être par crainte de dénaturer une œuvre trop unanimement reconnue ou contraint par des textes d’une autre époque, il y a comme un blocage. On reste sur notre faim et l’on attend encore le réalisateur ou la réalisatrice qui osera proposer une réelle vision, personnelle, singulière et surtout cinématographique des textes de Molière.

Théâtre et cinéma n’ont pas le même langage, et bien souvent, s’il ne s’agit que de se délecter de belles tirades brillamment interprétées, peut-être vaut-il mieux en revenir à la source : le théâtre.

Maïlys GELIN

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