Coupez le son de votre film et vous verrez la différence ! Ne laissez ensuite que les dialogues, et vous n’aurez qu’un piètre écho du travail considérable du montage sonore du film. Monteur son : un acteur clé dans la post-production du fil.

FICHE-MÉTIER

Certains réalisateurs ont davantage eu le goût de la précision ou de la finesse sonore à l’image, comme Stanley Kubrick ou encore Wong Kar-Waï, mais le travail du son demeure indispensable aux films. Le monteur son est donc un acteur clé dans la post-production du film, afin que le son lui-même aide bien à raconter l’histoire. Car la musique ne fait pas tout, ni les bruitages, encore faut-il savoir reconstituer, voire créer une atmosphère cohérente et plausible pour satisfaire l’imagination auditive du spectateur.

Définition

Le monteur son intervient après le montage image : il sélectionne des éléments sonores pour les synchroniser avec l’image, en lien avec les choix narratifs et esthétiques du film. La bande son mêle sons directs, voix des acteurs (en son seul ou postsynchronisés), bruits d’ambiance, musique, fond sonore et ajouts de bruitages. Le monteur son pourrait finalement être défini comme un auteur sonore, différemment d’un musicien ou d’un compositeur.

Pour résumer son travail, autant prendre l’exemple d’un des plus grands de la profession en France, à savoir Jean Nény. Il était considéré comme l’équivalent des frères Lumière pour le montage son. Pierre Schoenderffer, en 1998, disait de lui qu’il « était le meilleur » et que « tout le monde le considérait comme une référence dans le cinéma français ». Il se souvient de lui « comme un pilote de Boeing face à sa table de mixage », « attentif au film plutôt qu’à son propre travail », et avoue qu’il l’a aidé à sauver des scènes médiocres grâce au travail du son. Claude Sautet, lui, admirait sa casquette d’ingénieur, fortement utilisée dans le domaine du son pour faire avancer les technologies et les pratiques de manière admirable et surtout efficace.

Pour rappeler le rôle du montage son dans un film, il n’est que de se souvenir de L’Ours (1988), de Jean-Jacques Annaud : la qualité de ce film a été majoritairement sauvée par le travail du son, avec très peu de sons en prise directe ; sans cela, le film n’aurait pas été aussi bon. Il faut également visionner des œuvres dont la qualité de la bande-son est devenue une référence : Gosford Park de Robert Altman, In the mood for love de Wong Kar-Wai, ou encore tous les films de Stanley Kubrick et une partie de ceux réalisés par Roman Polanski.

Qualités requises

Plusieurs prérequis sont nécessaires pour prétendre à faire du montage son. Il ne suffit pas d’avoir une bonne oreille, ni un bon œil, encore faut-il savoir conjuguer les deux dans le sens de l’histoire.

Selon Pascal Villard, qui a travaillé sur de grands films tels que Sur mes lèvres de Jacques Audiard (2001) ou encore La Môme de Jérôme Salle (2007), qui ont tous deux reçu le César du meilleur son, il faut « un intérêt pour le son sous toutes ses formes et pour la construction de la narration par le son », ainsi que « de l’imagination pour choisir, composer l’univers sonore d’une séquence d’un film et trouver les manières de fabriquer les sons nécessaires. Un bon rapport à l’image. On ne monte pas, on ne crée pas des sons pour eux-mêmes mais par rapport à une image particulière. Le son doit être “juste” par rapport à l’image. L’une de mes expressions favorites sur la pertinence d’un son est “on ne se pose pas de questions”. Ce qui signifie que le son s’intègre dans la narration sans entraver son cours… »

Ensuite, comme tout métier du cinéma ou de l’audiovisuel, savoir travailler en équipe compte beaucoup même si, en première instance, seront d’abord appréciées la qualité et la maîtrise techniques. « À mon sens, il faut avant tout être cinéphile, aimer le cinéma, en être imprégné, connaître les films importants, y avoir réfléchi, en avoir parlé… », explique Nicolas Bouvet-Levrard, qui a une impressionnante filmographie à son actif, dont des films de Michel Hazanavicius et un de Christophe Honoré. « Il faut une culture de l’image et du son mais également avoir un goût très prononcé pour la musique, tout type de musiques, pour avoir une oreille en alerte, une oreille prête à écouter, précise-t-il. La pratique musicale ancienne ou actuelle est un gros plus ! Enfin il faut suivre une formation sérieuse pour non seulement se préparer techniquement à ce métier mais surtout savoir travailler en équipe, savoir où se placer dans la chaîne sonore et élaborer une bande-son sous l’égide d’un réalisateur ou d’une réalisatrice en collaboration avec l’ingénieur du son de tournage, le mixeur et le musicien. »

Formations

Les deux meilleures formations en montage son sont sans doute celles de la Fémis et de l’ENS Louis-Lumière. Mais il existe également de bons enseignements dans des écoles privées de cinéma, comme à l’ESRA, 3IS, ISIS, ARFIS, ainsi que des licences pro ou masters pro spécialisés dans le montage ou les métiers du son, ou tout simplement les formations des BTS Audiovisuel option son. Il est utile de multiplier les expériences en postproduction en parallèle d’une formation.

Écoles : La Fémis, ENS Louis-Lumière, École Supérieure de l’Audiovisuel de Toulouse, Université d’Aix-Marseille en master sciences arts et techniques de l’image et du son.

Débouchés

Le monteur son peut travailler sur tous les supports audiovisuels, du téléfilm au long-métrage. Pour trouver du travail, il peut se rapprocher des sociétés de production (clips, publicité, films, etc.), constituer son propre réseau de professionnels, très important dans le milieu, et enfin nouer une relation privilégiée et fidèle avec un ou des réalisateurs.

Perspectives d’avenir

Une fois le diplôme en poche, le parcours du combattant commence avant de devenir chef monteur. Pour les plus chanceux, la reconnaissance vient vite ; pour les autres, les débuts dans la profession se font souvent en tant que premier ou deuxième assistant, voire à faire du mixage, pour enfin gravir les échelons jusqu’au statut de chef monteur.

Le parcours de Nicolas Bouvet-Levrard traduit très bien ces différentes étapes, jusqu’à parvenir à des collaborations pérennes avec un réalisateur. Au début, « j’ai pu faire des petites tâches d’assistant sur des téléfilms, des séries, des documentaires, des longs-métrages, raconte-t-il. Puis des opportunités sur des petits films se sont présentées à force de rencontrer des gens du milieu. Un metteur en scène, devenu au fil des ans un ami proche, a fait deux courts-métrages remarqués, puis un premier long, puis un deuxième, puis un troisième. J’ai toujours fait le son de ses films et nous avons écrit ensemble son quatrième film dont je monte le son actuellement. Il y a également eu des réalisateurs pour qui j’ai d’abord travaillé en tant qu’assistant avant de devenir chef monteur son sur leur film suivant. »

Les conseils d’un professionnel

Nicolas Bouvet-Levrard (DR)

Nicolas Bouvet-Levrard (DR)

Nicolas Bouvet-Levrard

« Mes conseils résultent nécessairement de mon parcours. Il faut beaucoup d’envie, de motivation pour intégrer si possible une des deux grandes écoles de cinéma françaises, pour la qualité de l’enseignement, la richesse des travaux qu’on y fera, le matériel mis à disposition et le réseau qui en résultera. Tout se fait par le bouche à oreille dans nos métiers, par le contact. C’est toujours valable aujourd’hui pour moi, dix-huit ans après avoir terminé La Femis. C’est certes un point de vue assez académique. D’autres se sont formés sur le tas avec bonheur. L’essentiel est aussi, me semble-t-il, dans la motivation, même si évidemment on apprend aussi sur soi au fur et à mesure. Et encore une fois, avant tout, il faut manger du cinéma ! »

Pour étudier la qualité du montage du son dans les films, voici la sélection qu’il recommande : « Le premier Alien, ou à peu près tous les Star Wars car le designer sonore Ben Burtt a tout changé au travail du son au cinéma, dès le premier film de la saga. En France, je retiens des bandes-son liées à des cinéastes qui aiment s’en emparer et insufflent ce goût à leur équipe, comme Roman Polanski dont Le Pianiste m’avait semblé si beau. Idem pour The Ghost Writer. Je pense aussi à Jacques Audiard dont le travail sonore est toujours très pensé et magnifiquement fait, notamment à son film Les Frères Sisters. Ça me renvoie, de l’autre côté de l’Atlantique, aux frères Coen, dont les montages son sont extraordinaires. C’est peut-être ce qui se fait de mieux, notamment dans No Country for Old Men. Les frères Coen bossent avec l’immense Skip Lievsay qui travaille aussi avec Alfonso Cuaron ou M. Night Shyamalan, un autre amoureux du son. »

Témoignages

Pascal Villard (DR)

Pascal Villard (DR)

Pascal Villard

« J’ai intégré le département montage de la Fémis en 1991, après des études d’arts plastiques. À la sortie de l’école, les premières années, j’ai pratiqué le montage image et son à égalité, mais j’avais toujours eu un intérêt marqué pour le montage son dès mes études. Progressivement, par intérêt et opportunité, car à l’époque cela n’intéressait pas grand monde – ce n’est plus le cas aujourd’hui – et c’était alors les débuts du montage virtuel, je me suis spécialisé dans ce domaine dans lequel j’ai eu la chance d’avoir une reconnaissance professionnelle assez rapide. »

Nicolas Bouvet-Levrard

« C’est l’amour de la musique de films, celle composée à l’image, qui m’a conduit depuis ma pré-adolescence vers le cinéma et l’expression sonore. J’ai une adoration folle pour les John Williams, Jerry Goldsmith, John Barry, Maurice Jarre, Philippe Sarde, Jean-Claude Petit et, plus près de nous, Alexandre Desplat, John Powell, Michael Giacchino ou encore Philippe Rombi. J’ai d’ailleurs croisé beaucoup d’entre eux. Lorsque je travaille avec des musiciens sur les films, lorsque j’arrive dans les studios au moment de l’enregistrement des musiques, c’est un sentiment extraordinaire… Un éblouissement total.

J’ai été nourri au cinéma et à la musique par un grand-père cinéphile et mélomane. Ça m’a poussé vers ce milieu fascinant que j’ai observé à dix ans lorsque Jean-Paul Rappeneau est venu tourner une partie de Cyrano de Bergerac dans ma ville natale. Quel spectacle ! Je me suis aussi construit une cinéphilie par des VHS enregistrés à la TV, puis grâce à la médiathèque locale. Après un bac L option maths, j’ai suivi les deux années de la classe préparatoire gratuite (unique en son genre) de Nantes, Ciné-Sup, au lycée Guist’hau, option Femis, puis j’ai intégré la Femis en section son. Ce n’est pas ce que j’avais prévu au départ. Au lycée, je rêvais d’être acteur, puis réalisateur ; c’est une amie qui a su me montrer combien j’étais sensible au travail sonore. Ensuite, après ces six années d’école post bac, grâce à mes camarades de promotion, aux anciens élèves, aux intervenants croisés et à un peu de chance, j’ai commencé par faire des petits projets souvent bénévolement, puis j’ai acheté un peu de matériel avec un ami pour commencer à gagner de l’argent et débuter le parcours afin de devenir intermittent. Mon réseau est essentiellement constitué des anciens de La Fémis, ce qui est une des forces de cette école, mais aussi de l’autre grande école de cinéma et audiovisuelle, Louis-Lumière. »

Pour aller plus loin…

Association française du son à l’image : site internet.
Antoine Pecqueur, Les écrans sonores de Stanley Kubrick, 2007, Éditions!.
Térésa Faucon, Penser et expérimenter le montage, Éd. Les fondamentaux de la Sorbonne Nouvelle, 2010
Benoît Basirico, La musique de film, compositeurs et réalisateurs au travail, Éd. Hémisphères, 2018

Louise ALMÉRAS

Lire aussi :
Travailler avec la lumière, le métier fabuleux du directeur de la photo

 



Voir nos séries sur les métiers du cinéma


 

.

Restez informé !