Comme tous les ensembles musicaux français, les quatre formations musicales de Radio France subissent de plein fouet la crise sanitaire. Mais c’est aussi l’occasion de redécouvrir en profondeur la dimension radiophonique qui fait leur spécificité, en parallèle des concerts organisés dans leur auditorium de 1500 places.

Nous voilà entrés dans une période post-Covid, dont on nous dit qu’il faudra « vivre avec »… Du côté des concerts classiques et de jazz, musiques de chambres, orchestres symphoniques et ensembles vocaux, les distances entre musiciens qui étaient dictées par des nécessités acoustiques le sont désormais par des nécessités sanitaires. À Radio France, qui abrite quatre formations musicales – l’orchestre national de France, l’orchestre philharmonique, le chœur de Radio France et la maîtrise – ainsi que le mythique Studio 104 et son formidable auditorium de 1500 places, l’annulation de près de quatre-vingts concerts et de leurs répétitions a touché « à la régularité d’une pratique instrumentale collective »…

Profession Audio|Visuel fait le point avec Denis Bretin, secrétaire général de la direction de la musique et de la création à Radio France.

Quels sont les défis à relever pour les orchestres et les ensembles vocaux ?

Quand elle n’est pas carrément problématique, comme c’est le cas des timbaliers et des cuivres, la pratique de la répétition individuelle et à domicile ne suffit pas à maintenir le niveau d’éveil requis pour la fabrication d’un son d’orchestre. Et ce qui est vrai pour les formations symphoniques l’est encore plus pour les formations chorales !

Par ailleurs, le son de l’orchestre ne se fabrique pas qu’à l’émission… Il se fabrique aussi à la réception. Sans public, le concert n’est pas le même. On donne de la musique pour qu’elle soit entendue ; l’orchestre a besoin de cette adrénaline et de cette écoute.

La proximité et la sensation de partager une même communauté de perception, dans un temps commun, est essentielle. C’est d’autant plus vrai à Radio France où la salle nous a permis de développer une relation au public très intime : mille cinq cents places à l’auditorium mais dans une proximité physique aux orchestres très forte. C’est cela que la pandémie a mis à mal.

Comment avez-vous compensé cela à Radio France ?

Grâce à la puissance du groupe media Radio France auquel elles sont adossées, nos formations, orchestres, chœur et maîtrise ont produit des vidéos de confinement permettant de garder le contact. Plus de huit millions de vues, dans le monde entier, pour le seul Boléro de l’Orchestre national de France, un Chaplin de grande créativité par l’Orchestre philharmonique de Radio France, un Viva l’Orchestra avec des milliers de vidéos transmises par les amateurs, un Carmina par le chœur de Radio France, La Javanaise avec Jane Birkin, un clapping des percussionnistes à destination des soignants, des dizaines de tutoriels de musiciens… Ces initiatives ont été portées par nos musiciens. Notre travail était de les accompagner et d’ordonner la diffusion, avec France Musique, de ces productions. Ce pari a été gagné et il y a une impatience des publics à revenir.

Quelles sont les nouvelles normes à respecter ? Certains pays donnent-ils le « la » ?

Notre activité est internationale et le partage d’expériences, habituel. Les études réalisées par Bamberg puis celles de la Charité de Berlin ont été particulièrement lues. Les réunions des Forces Musicales où nous sommes représentés ont permis de commenter les résultats d’autres études. L’une d’elles, sur le cas spécifique des chœurs, vient d’ailleurs d’être engagée. Nos représentations de musiciens travaillent avec la cellule de crise sanitaire de Radio France où siège un médecin. La liste des mesures mises en œuvre est longue : distance entre musiciens, effectifs sans cuivres ni vents, circulations de plateau réglées au cordeau, pupitre et placement individuels, port du masque en répétition, désinfection, alternance hebdomadaire des orchestres, prise de température à l’entrée de Radio France…

Les instruments à vent et les chanteurs lyriques font-ils l’objet d’une attention particulière ?

C’est à ce jour le seul bémol à ce que nous avons pu accomplir. Le cycle de concerts que nous venons de reprogrammer, trente musiciens sur le plateau pour des concerts en direct privilégiant cordes et percussions, la musique de chambre, une intégrale des sonates de Beethoven, ne nous ont pas permis de réintégrer le chœur ou la maîtrise de Radio France. La distance entre les chanteurs est délicate à régler en matière sanitaire et vous imaginez que chanter avec un masque… Mais nous travaillons à un retour du chœur et de la maîtrise pour le 14 juillet.

Jusqu’où aller, en prenant en compte la contrainte sanitaire, sans mettre en péril la qualité d’un ensemble ?

Pour les musiciens et le chef, c’est un exercice délicat car il est important de pouvoir s’entendre. Toute une partie de la communication entre musiciens au sein d’un même pupitre passe par une proximité qui permet de travailler une patte sonore homogène et dense. Mais il s’agit d’une période qui ne durera pas et je suis persuadé que l’exercice, si délicat soit-il, aura permis de découvrir une autre façon de jouer ensemble.

Une échéance est-elle en vue ?

La rentrée de septembre devrait nous permettre de retrouver le cours des choses. Si nécessaire, nous rouvrirons avec une politique de placement respectant les distances entre spectateurs. Mais les formations de Radio France sont un cas particulier. Même lorsqu’elles jouent sans public, elles sont écoutées par cent vingt mille spectateurs sur l’antenne de France Musique et plus encore lorsque nous sommes en partenariat ; c’est le cas des concerts du Temps retrouvé, avec Arte. Finalement, la crise du Covid-19 nous aura permis de réaffirmer notre dimension radiophonique !

Propos recueillis par Kakie ROUBAUD

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Crédits photographiques : Radio France / Christophe Abramowitz



 

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