L’idée de “Paper to film” est née il y a deux ans et demi en France, comme son nom anglais ne l’indique malheureusement pas. Cette plate-forme cinématographique a l’ambition de révolutionner les coulisses de la médiation entre scénaristes et producteurs. Entre les diplômés chanceux et les habitués du milieu, les autres ont souvent moins de chances d’être lus. Un problème qu’essaye de résoudre la start-up depuis son lancement il y a plus d’un an par Raphaël Tilliette, ancien comédien, auteur et réalisateur.

Si l’initiative n’est pas nouvelle, l’ambition semble assez sérieuse et compte déjà des projets en production dans ses statistiques. Reste à espérer que les créatifs prendront le risque de défier le talon d’Achille de l’anonymat pour oser exister dans le milieu du cinéma ou de la télévision. Tout comme les producteurs se lanceront dans de nouveaux projets ! Pour l’heure, la plate-forme doit encore se faire une place réelle dans cet écosystème. Raphaël Tilliette, le fondateur de Paper to film, nous explique son initiative, son fonctionnement et même son ambition.

Comment s’inscrire ?

Il suffit de créer son profil scénariste, producteur ou agent. L’annuaire des professionnels est ensuite accessible, ainsi que les projets sélectionnés et mis en ligne depuis deux mois pour les producteurs. Comme il s’agit d’un réseau professionnel, les identités sont vérifiées et la boîte de dialogue mise à disposition des inscrits doit être validée par les deux parties pour pouvoir échanger – les adresses mail n’étant évidemment pas divulguées d’emblée.

Comment déposer un projet ?

Le dépôt des projets n’a pas valeur de validation puisque cette étape se fait dans un deuxième temps. Sur les mille cinq cents projets proposés à Paper to film, seuls environ trois cents ont été retenus et présentés depuis le début du lancement, selon Raphaël Tilliette.

Pour les auteurs, l’accès à la plateforme est entièrement gratuit. Des pages projets sont à compléter ensuite, sans exclusivité et sans commission de la part de la plateforme, « contrairement à la plate-forme de la Maison des scénaristes We film good qui fait payer les auteurs et a pris un virage assez commercial dans la mise en relation, précise le fondateur de Paper to film. Il n’y a pas de “blacklist”, il suffit donc d’envoyer un projet, puis un autre. Pour certains auteurs, nous avons sélectionné leur quatrième projet, pour d’autres leurs deux premiers mais pas les suivants. » Les conseils du blog peuvent en aider certains à présenter au mieux leurs projets à Paper to film.

Quelle valeur ajoutée pour les scénaristes ?

Une possible mise en relation avec les producteurs et une visibilité sur le site qui a des partenaires reconnus par la profession, comme la Guilde des scénaristes et la Fédération des jeunes producteurs. La préparation d’une nouvelle fonctionnalité est en cours pour mettre les scénaristes en lien avec d’autres scénaristes. Ils pourront s’appuyer sur un réseau de professionnels « pour trouver un co-auteur, un lecteur, un relecteur, dans une base de données qui contient des gens sérieux, souvent très isolés ».

 Les « débutants » ont-ils vraiment leur chance ?

« Oui, puisque cela dépend si on les sélectionne ou non. Et c’est le cas. Certains ne viennent pas du milieu et ont vraiment de bonnes idées. Ceux qui sortent de la Fémis attirent plus, c’est sûr, mais nous constatons aussi la vente de projets de la part de personnes qui n’auraient pas réussi à le faire sinon. Notre but est justement de permettre cette mixité, entre ceux qui sortent des écoles, qui ont obtenu des aides, et ceux qui n’ont pas encore été reconnus. On atteint plus de 40 % de personnes hors écoles », certifie Raphaël Tilliette. Par ailleurs, tous les projets sont présentés de la même manière, sans distinction. Celui-ci est sélectionné quand il est assez abouti pour pouvoir entrer directement en relation avec un producteur. Sur mille cinq cents scénarios reçus, trois cents environ sont en ligne. « Nous lisons absolument tout. »

Que peut attendre un producteur de cette plate-forme ?

En premier lieu, un gain de temps sur les étapes chronophages de la constitution de dossiers et la lecture de mauvais projets. Plus de boîtes mail envahies par des scénarios que les producteurs ne lisent jamais : ils peuvent désormais aller chercher un scénario de manière « pro-active ». Si le producteur prend « l’abonnement premier », il a également un accès exclusif aux nouveaux textes, mis en ligne chaque semaine, pendant deux mois. « Récemment un projet s’est vendu en dix jours à un abonné premier, car il a pu voir le projet avant la majorité », témoigne le fondateur.

L’option de filtrage (formation des scénaristes, prix ou bourses obtenus, etc.) est aussi proposée à ces abonnés, afin d’aller chercher plus précisément l’auteur désiré. « Il faut savoir que la majorité des petites boîtes de production ont tout juste un salarié. De notre côté, nous sommes une équipe de six personnes qui travaillent à temps plein pour identifier et présenter au mieux les projets. Quand un producteur est seul, au lieu de prendre quelqu’un à l’année, il peut choisir notre abonnement annuel (2 500 €) et aura une équipe qui traite plus de 1 200 projets dans l’année. »

À présent, cent quatre-vingt-dix producteurs sont inscrits, parmi les plus importants semble nous faire comprendre Raphaël Tilliette. « Nous sommes un maillon de plus dans la chaîne pour améliorer les relations. » Si tout le monde ne peut se permettre la rencontre physique et des déplacements dans les festivals, la plate-forme est un moyen d’y pallier ou « de retrouver en ligne des auteurs avec lesquels les producteurs n’ont pas eu le temps d’échanger ». Lors de la séance de “pitching” qui a lieu au Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle (CEEA), la totalité des “pitch” est publiée une semaine après sur la plate-forme et accessible à tous les producteurs.

Quels résultats à ce jour ?

« Une quarantaine de projets ont été “optionnés” par un producteur, c’est-à-dire qu’il a donné de l’argent à un auteur pour avoir l’exclusivité de son projet. Certains sont des courts-métrages qui vont être tournés prochainement. » Selon cette donnée fournie par Raphaël Tilliette, cela représenterait donc une réussite d’un peu plus de 13 % des projets, si l’on se base sur les trois cents sélectionnés. Les responsables de Paper to film n’ont ensuite pas de suivi véritable après l’achat d’un projet, mis à part quelques retours de scénaristes qui les informent de l’évolution.

Et après ?

Déjà en lien avec la Suisse, la Belgique et le Québec, Paper to film souhaite davantage s’ouvrir numériquement à l’Europe. Ouverture aussi aux projets anglophones, mais uniquement européens. Viendront ensuite les compositeurs de musique de film ainsi que les distributeurs, « puisque ce sont eux qui mettent majoritairement de l’argent dans les projets. Nous souhaitons intégrer les partenaires financiers privés et publics (CNC et régions) pour faciliter les échanges, permettre le gain de temps sur la préparation de dossier et favoriser ainsi le temps d’écriture. Le but est vraiment de rester entre partenaires qui permettent de construire le film et de rendre possible sa réalisation ».

Louise ALMÉRAS

Paper to film



 

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