VIDÉO – Loué par les surréalistes en son temps, Peter Ibbetson est un film étrange, à la fois désuet et intemporel. L’œuvre de Henry Hathaway, réalisée en 1935, est peu à peu tombée dans l’oubli, avant cette réédition par BQHL. C’est notre instant critique de ce jour.

Tout droit surgi de temps anciens, Peter Ibbetson est l’un des plus grands films de Henry Hathaway, avec Gary Cooper et Ann Harding. Il est sorti en 1935.

Arraché à son amie Mimsy alors il n’a que huit ans, Peter Ibbetson vit dans l’espoir incertain de la retrouver. Devenu architecte à Londres, il reçoit pour mission de rénover les écuries du duc de Towers, dont l’épouse l’attire irrésistiblement. Évidemment, Mimsy et la duchesse sont une seule et même personne. Au moment où Peter Ibbetson le découvre, tout bascule, pour les personnages comme pour les spectateurs.

Pour les personnages, car à la suite d’événements que nous tairons, les amants sont séparés. Pour les spectateurs, parce que le film s’éloigne alors d’un réel narratif pour entrer dans une sorte de conte fantastique, une ode à l’amour…

Les amants se retrouvent en rêve ; ils s’étreignent dans le monde des possibles, où leurs corps ne sentent, ne touchent, ne voient que ce en quoi ils croient – ou décident de croire résolument. Ils contemplent des clartés invraisemblables et luttent contre le doute meurtrier des apparences. Il y a dans cet amour quelque chose de l’ordre de l’ivresse, du désir invincible, voire de l’extase, à la manière de la célèbre statue du Bernin représentant sainte Thérèse d’Avila, comme une réalisation partielle de la résurrection des corps.

Film onirique ? Peut-être.
Film sur un réel plus vrai que la réalité visible, sans doute.

Et c’est en cela que les surréalistes l’ont loué unanimement, d’André Breton à Elsa Triolet en passant par Philippe Soupault.

Et c’est en cela qu’il peut encore bouleverser ceux qui croient de toute leur chair aux rivages symboliques et métaphoriques pour dire le monde.

Peter Ibbetson exprime l’invisible, l’essence de l’amour ; il porte un verbe, une parole qui accueille l’engagement, le don de soi, l’alliance indéfectible – à travers le temps, par-delà les distances apparentes.

Cette œuvre dit l’invisible vérité, qui n’est seulement, qui est toujours une adéquation profonde, un rapport intime que nous entretenons avec la réalité.

Œuvre inclassable au sujet – disons-le tout net – casse-gueule, Peter Ibbetson nous offre une poésie à la fois antique et immémorielle, probablement amplifiée par le noir et blanc.

À noter deux intéressants bonus proposés par BQHL, sur l’histoire du film et sur le réalisateur Henry Hathaway, avec notamment la participation toujours très éclairante de Bertrand Tavernier.

Pierre GELIN-MONASTIER

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