PixTrakk, leader des services de traçage d’images en France, a lancé une version mobile, qui permet désormais aux photographes de vérifier toute utilisation délictueuse de leur travail et de s’assurer un recouvrement de leurs droits plus rapidement, où qu’ils se trouvent.

Après la création de la société PixPalace – grande banque de données d’images françaises – en 2004, la question de l’usage des photographies se pose très rapidement pour Jean Favreau et Hervé Mariaud, ses fondateurs. Si les agences et les collectifs qui proposent leurs photographies sur la plate-forme ont une traçabilité des téléchargements effectués, ils ignorent en revanche quelles photos ont été concrètement utilisées.

L’enjeu d’un traçage exhaustif et rapide

Historiquement, dès lors qu’un média utilisait une photographie, il envoyait automatiquement un relevé de pige à l’agence, c’est-à-dire une copie du journal avec mention de la page où l’image a paru. Mais avec la crise de la presse, de moins en moins de journaux ont le personnel pour remplir cette formalité, pourtant nécessaire à la facturation.

C’est ainsi que naît PixTrakk en 2010, un service de traçage des visuels, qui se concentre originellement sur la presse papier. « Nous offrons un service de vérification et de confirmation des parutions de photographies téléchargées, explique Hervé Mariaud, directeur de l’entreprise Pixways. Les agences n’ont ainsi pas à regarder chaque journal, à relever les photos, à vérifier que ce sont bien les leurs… Autant de travail qui demande beaucoup de temps. »

En collaboration avec Kantar Media, société spécialisée dans la veille publicitaire, PixTrakk simplifie ainsi la vie des agences et des collectifs de photographes, en leur offrant de surcroît la possibilité d’une facturation dans de courts délais. « C’est d’autant plus important que, dans la presse, on paye rarement tout de suite, précise Hervé Mariaud. Aussi l’émission rapide de la facture est-elle importante ! » Si le délai est normalement de trois mois, il n’est pas rare selon lui que les paiements s’échelonnent sur quatre, voire six mois.

Dans l’océan du web

Une fois le système de recherche et d’identification des photographies mis en place pour la presse papier, Hervé Mariaud décide en 2015 de s’attaquer à un nouveau monde, gigantesque, presque sans limite : le web. « Nous avons développé une nouvelle technologie, le “crawling”, qui consiste à collecter des pages sur un maximum de sites internet. Une fois qu’une image est trouvée, elle est comparée avec les ressources des clients de PixTrakk. » Toutes les correspondances (appelées aussi “match”, d’après le terme anglais) sont aussitôt envoyées à ces derniers.

La difficulté du web est qu’un grand nombre d’internautes ignorent les règles sur le droit d’auteur, voire s’en moquent. « Il y a un fonctionnement anarchique, confirme le directeur de Pixways, décuplé par le fait que les publications ne se comptent plus en milliers, comme pour la presse papier, mais en milliards, avec une dimension immédiatement mondiale. »

C’est pourquoi, pour le web, une plate-forme collaborative a été créée, en lien avec les agences et les photographes, qui suivent souvent de près l’utilisation de leurs photographies sur internet. « PixTrakk fonctionne un peu comme une communauté : le photographe qui s’inscrit participe à sa mesure de l’effort collectif. » Des listes de sites, essentiellement commerciaux, sont ciblées, que le robot d’indexation parcourt régulièrement. Ces listes sont régulièrement mises à jour, en fonction des résultats trouvés par les algorithmes, des indications des professionnels, voire des avocats. « C’est un peu comme un océan dans lequel on essaierait de repérer des endroits où les poissons se regroupent, s’amuse Hervé Mariaud. Nous parlons évidemment ici de gros poissons, c’est-à-dire ceux qui ont des moyens financiers. »

La question des réseaux sociaux est depuis peu en ligne de mire. « Nous allons les investir de plus en plus, surtout depuis que la réforme européenne sur le droit d’auteur a reconnu les plates-formes comme éditeurs de contenus, avec par conséquent une responsabilité propre. »

Un service de recouvrement des droits

Lorsqu’un photographe reçoit une correspondance, il doit d’abord s’assurer qu’il s’agit bien d’une utilisation illégale, donc délictueuse. Si c’est le cas, il a le choix de confier ou non le dossier à un avocat.

PixTrakk propose en effet un service juridique, en étroite collaboration avec quatre avocats, deux en France (avec des relais européens) et deux à New York. « Évidemment, quand il s’agit d’un blog sans abonnement ni publicité, dont on n’a parfois pas l’adresse ni la localisation, il n’y a hélas guère de chances de voir une requête aboutir, précise Hervé Mariaud. Car si repérer des utilisations illégales de photographies est relativement facile, la grande difficulté est de récupérer l’argent. Nous n’avons que très peu d’emprises. »

L’avocat opère un premier écrémage, selon que la requête a des chances ou non d’aboutir. Vient ensuite le temps de la procédure, pour réclamer le recouvrement des droits. Les personnes qui finissent par payer ne représentent in fine que 25 % des dossiers traités par l’avocat. « Cela peut sembler faible, mais ce n’est pas si négligeable pour les photographes », indique Hervé Mariaud, qui évoque un dossier récent ayant permis la récupération de trente mille euros.

En général cependant, il parle d’un montant moyen situé autour de sept ou huit cents euros, auxquels il faut rajouter les frais d’avocat. C’est alors que les négociations commencent… Quelle que soit la somme récupérée, 60 % des gains vont au photographe (55 % lorsque la photographie a été repérée sur un site étranger) et 40 % à PixTrakk. Ce sont en effet ces recouvrements qui permettent à l’entreprise de vivre, de payer l’entretien de quatre cents serveurs et une équipe de quatre développeurs.

Création d’une version mobile

Aujourd’hui, des agences, des collectifs et quelque mille photographes font appel au service PixTrakk. « Nous poussons à ce que chaque photographe ait son compte personnel, pour qu’il puisse intervenir directement, car il est le seul à savoir s’il a autorisé l’utilisation de ses photographies et s’il veut ou non lancer une procédure. C’est beaucoup plus efficace, surtout en ce qui concerne le web, lorsque le photographe est aux manettes. » Car si un photographe reçoit en moyenne entre vingt et quarante correspondances par mois, une agence peut quant à elle en recevoir près de deux mille par jour, soit une quantité très difficile à traiter.

Le coût d’entrée varie selon le nombre de photographies déposées. Pour un photographe, l’abonnement au service PixTrakk web est de 99 euros par an pour trois mille photos, 199 euros s’il opte également pour le traçage papier. Pour une agence, qui dépose souvent des dizaines de milliers d’images, les prix sont fluctuants, selon qu’elle choisit de recourir ou non à PixPalace.

PixTrakk a plus récemment sorti sa version mobile. Chaque photographe peut désormais vérifier les correspondances et faire ses déclarations directement sur son téléphone, où qu’il se trouve. « Les photographes, par la nature même de leur travail, sont souvent en déplacement, ce qui fait qu’ils ont les informations parfois trop tard, déclare Hervé Mariaud. Or plus on est rapide entre le repérage d’un match et l’envoi du dossier à l’avocat, moins on a de chance que la photo disparaisse ou bouge. »

Pierre GELIN-MONASTIER

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