Dans un film sympathique, en dépit d’un discours assez sommaire, Gilles Perret raconte l’histoire de trois copains un peu naïfs qui entreprennent de racheter leur usine au nez et à la barbe des vilains financiers. Reprise en main, c’est son nom, navigue avec savoir-faire entre combat social et film positif. À découvrir en salles le 19 octobre prochain.

Dans le décor magnifique de la vallée de l’Arve, où la crète grandiose côtoie l’infime précision, où l’homme et la nature se font face en un dialogue inégal et muet, où le silence des parois répare le cri des machines, Cédric mène un combat vers les sommets. Lui, l’ouvrier-décolleteur aux mains vulnérables, lui, l’alpiniste à mains nues, interprété par Pierre Deladonchamps, se met en tête de créer un fonds d’investissement pour racheter sa propre entreprise, menacée par un fonds d’investissement vautour. Il associe deux copains d’enfance, joués par Grégory Montel et Vincent Deniard, et se lance dans un combat dont il ignore a priori les règles, dictées par la finance.

Le scénario n’est évidemment pas sans faire penser à l’expérience d’autogestion menée par les salariés de l’entreprise Lip, à Besançon, dans les années 1970. Gilles Perret poursuit à sa façon l’œuvre de son père, ouvrier et militant de la CGT, de la même manière que son héros, Cédric, continue le combat du sien, ancien syndicaliste à la retraite. Après des films documentaires sur un opposant à Sarkozy, sur Jean-Luc Mélenchon ou sur le mouvement des Gilets jaunes avec François Ruffin, Gilles Perret se tourne pour la première fois vers la fiction.

Nous y retrouvons son prisme de lecture tranché, avec les gentils ouvriers d’un côté et les méchants patrons et financiers de l’autre. La force du militant, de quelque parti qu’il se revendique, est de proposer une ligne à la cohérence inébranlable. On sait ici à quoi s’attendre, donc nulle déception pour le spectateur averti (et vous l’êtes désormais).

Alors, que penser de ce film ?

Sur le fond tout d’abord : il ne faut pas s’attendre à la moindre nuance. Tel n’est pas l’enjeu du film. C’est une œuvre résolument engagée, assertive, systématique : il s’agit de livrer un message clair et positif au grand public, en le débarrassant de toutes les subtilités qui pourraient le conduire à relativiser des aspects, à prendre en compte la complexité du monde et des hommes. Aucun financier ni patron ne trouve ultimement grâce aux yeux du réalisateur, en dépit d’un petit doute savamment entretenu dans le film.

Sur la forme maintenant : cela donne un film plaisant, centré sur une bande de sympathiques copains, candides idéalistes devenant au fil du récit de rusés endurcis – sans perdre évidemment leur âme. Gilles Perret est malin, alliant le drame social et la comédie positive, qui fait se sentir bien le spectateur.

D’une part, il dénonce des mécanismes financiers hallucinants, apparemment injustes, mais bien légaux, tels que l’achat à effet de levier : il s’agit du rachat d’une entreprise par un investisseur qui ne verse que 10 %, laissant l’entreprise rachetée emprunter et rembourser les 90 % restants. On est ici à l’opposé du slogan de l’entreprise Lip : « On fabrique, on vend, on se paie » !

D’autre part (et c’est là, la clef qui ouvre au grand public !), le réalisateur joue d’un humour indispensable – on sourit souvent –, tout en suscitant une réelle émotion à la vue de ses trois potes ingénus, héros malgré eux. On passe ainsi un agréable moment devant ce film plein de bons sentiments, généreux comme l’est la rivière de l’Arve qui donne son nom à la vallée.

Pierre GELIN-MONASTIER

 



Reprise en main de Gilles Perret
2022 | France | 1h47 | Fiction

Avec Pierre Deladonchamps, Laetitia Dosch, Grégory Montel, Vincent Deniard, Finnegan Oldfield
Scénario : Gilles Perret, Marion Richoux, Raphaëlle Desplechin
Image : Eva Sehet
Son : Nicolas Joly, Thomas Besson
Montage : Cécile Dubois
Musique : Léon Rousseau

Producteurs : Elzévir Films, Denis Carot, Ulysse Payet
Distribution : Jour2Fête



 

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