En presque huit décennies d’existence, l’actrice a tourné une grosse centaine de films, pour soixante ans de carrière, jouant pour les plus grands réalisateurs, avec les plus grands acteurs, et multipliant les récompenses. Hommage à un monstre sacré du cinéma français.

Né en 1943, l’une des plus grandes icônes du 7e art, réputée pour son phrasé rapide, son jeu naturel, minimaliste et technique, se démarque dès la fin des années 1950 par sa beauté mystérieuse, la diversité de ses rôles et ses choix audacieux de réalisateurs.

Comment résumer la vie et la carrière d’une telle figure du cinéma français et mondial ? Tout simplement, humblement, en sept petites anecdotes cinématographiques.

1/ Un tout début dans le doublage

Encore petite fille, Catherine Deneuve met un premier pied dans le monde du cinéma en doublant des personnages d’enfant pour les studios Paramount. Ses parents sont eux-mêmes doubleurs de cinéma. C’est ainsi que Catherine et sa sœur Françoise (Dorléac) font de temps en temps de la post-synchro pour gagner un peu d’argent de poche.

Mais comme l’explique sa mère Renée Simonot : « La seule qui avait la vocation depuis l’enfance, c’est Françoise. »

Catherine Deneuve, contrairement à sa sœur, n’est pas attirée par le métier d’actrice : « Je suis devenue actrice presque par hasard, à cause de ma sœur, Françoise. Moi, ça ne m’attirait pas du tout. Mon avenir, c’était d’être dans la lune et pas en qualité d’astronaute. Ma sœur parlait beaucoup, gigotait, gesticulait. Moi, j’étais timide, je me cachais derrière elle, et je regardais autour de moi. Un jour, quand j’étais en seconde, on m’a proposé de tourner dans Les portes claquent, avec ma sœur. J’y suis allée par curiosité, sans réel désir. On commence toujours comme ça le cinéma, parce que quelqu’un vous a trouvée jolie à quinze ans. Des fois, comme pour moi, ça continue après… »

2/ Un début compliqué avec Luis Buñuel

Trois après l’immense succès commercial Les Parapluies de Cherbourg, et la même année que Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, Catherine Deneuve change de registre et tourne dans le sulfureux Belle de jour de Luis Buñuel.

Mais les relations entre le réalisateur de renom et la jeune Catherine Deneuve se tendent très rapidement : ils ne se parlent presque pas sur le plateau. La comédienne ne comprend pas les intentions de mise en scène et refuse de tourner certaines scènes de nudité : « Séverine ressemble aux obsessions de Buñuel, pas à moi, explique l’actrice. Finalement, Buñuel ne voulait pas de quelqu’un aussi farouchement réservé que moi. Il m’a utilisée, j’ai suivi, c’est tout. »

Catherine va jusqu’à demander la réécriture de certains de ses dialogues. Le scénariste du film se souvient : « Il l’a engueulée comme je n’ai jamais vu un metteur en scène engueuler quelqu’un, la traitant d’analphabète devant toute l’équipe. » Françoise Dorléac débarque le lendemain sur le plateau pour convaincre sa sœur de ne pas abandonner le projet.

Finalement, après le visionnage du film, Luis Buñuel reconnaît l’immense talent de son actrice et sa présence exceptionnelle à l’écran, et lui propose de nouveau un rôle, trois ans plus tard, dans Tristana.

3/ L’amitié profonde avec François Truffaut

En 1969, François Truffaut offre le rôle principal à Catherine Deneuve, au côté de Jean-Paul Belmondo, dans La Sirène du Mississipi. De cette collaboration naît une amitié amoureuse, une admiration mutuelle, qui trouve son couronnement en 1980 avec Le Dernier Métro, dans lequel François Truffaut veut offrir à Catherine le rôle d’une femme forte et responsable.

Le film remporte le nombre record de César, ex-aequo avec Cyrano de Bergerac.

Il décrit en ces termes élogieux sa comédienne : « Avec Catherine, il y a une importante part de rêve et on a l’impression que tout n’est pas montré à l’écran. Il y a le personnage qu’elle incarne et des pensées qui ne sont pas exprimées. Oui, Catherine Deneuve est une actrice de rêverie, il n’y a pas d’autre mot, car cette impression de double personnalité, de double identité, nous ne l’avons pas avec une autre comédienne. Catherine projette sur l’écran une double vie : vie apparente et vie secrète. »

Et l’actrice de répondre : « C’est le réalisateur qui m’a appris le plus de choses. Quand vous lisez un scénario dialogué par François Truffaut, c’est dans les mots que vous sentez son regard, son exactitude, sa finesse de perception, sa justesse et sa sensibilité, et puis sa féminité. Tourner avec lui, c’est presque un cadeau empoisonné : il est presque impossible de retrouver avec un autre autant d’éléments positifs dans un film. »

4/ Un refus catégorique de monter sur scène

Une chose surprenante sur Catherine Deneuve, c’est qu’elle a toujours refusé de monter sur scène. Si elle est l’une des plus grandes actrices françaises de cinéma, Catherine Deneuve n’a jamais fait de théâtre.

Jeune actrice, elle explique ne pas se sentir prête. N’ayant jamais pris de cours, elle estime qu’il faut une réelle maîtrise technique pour monter sur scène, qu’elle n’a pas encore acquise. Mais finalement, la comédienne ne se laisse jamais tenter par l’expérience : « Je sais que c’est en contradiction avec mon métier, mais un regard posé sur moi me gêne. Tous les acteurs que je connais, et qui font du théâtre, me disent que c’est un moment extraordinaire et merveilleux, en dépit du trac, quand ils montent sur scène. Moi, ça me semble une chose impossible, surhumaine. »

Elle fait une seule et unique exception en 2009, à Florence, pour la lecture du texte Je me souviens de Georges Perec, durant laquelle elle est huée par le public italien qui aurait préféré une lecture en italien ! Une seule et unique expérience, donc, qui ne sera pas renouvelée…

5/ Catherine Deneuve doublée chez Jacques Demy

Si Catherine Deneuve pousse plusieurs fois la chansonnette, notamment au côté de Serge Gainsbourg, ou encore dans les films de François Ozon et de Christophe Honoré, ce n’est cependant pas sa voix qu’on entend dans les deux comédies musicales de Jacques Demy, Les Parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort.

Si c’est bien à Jacques Demy qu’elle doit le lancement de sa carrière, si elle reconnaît que c’est sa rencontre avec lui qui lui donne véritablement envie de faire carrière dans le cinéma, Catherine refuse néanmoins de tourner dans sa nouvelle comédie musicale, Une chambre en ville. La star tient en effet à chanter ses chansons elle-même, sans avoir recours au doublage : « À tort ou à raison, j’estimais que ma voix faisait partie de mon intégrité d’artiste. » Le réalisateur refuse et lui préfère Dominique Sanda.

6/ Catherine Deneuve et André Téchiné : une histoire de coup de foudre

Après avoir cité Jacques Demy, Luis Buñuel et François Truffaut, il est impossible de passer à côté d’André Téchiné, réalisateur sous la direction duquel elle a le plus tourné.

Leur première collaboration, sur Hôtel des Amériques en 1981, marque le début d’une belle complicité humaine et artistique. Dans la foulée, ils tournent pas moins de huit films ensemble, en gardant le même enthousiasme et la même admiration mutuelle.

Elle dit de lui : « Je n’ai pas eu de frère dans la vie non plus. Alors, je m’en suis choisi un : c’est André. Un frère du même âge, mais avec une image paternelle. Moi, je serais plutôt du genre à foncer. Lui serait plutôt du genre réfléchi : ‘‘Ah non, pas question, c’est de la folie, tu ne vas pas faire ça !’’ On se complète. Avec lui, je ne me sens jamais en danger. »

Et André Téchiné de lui rendre la pareille : « J’ai toujours dit que Catherine était ma sœur de cinéma. Et c’est de plus en plus vrai. S’il lui venait l’idée saugrenue de prendre sa retraite, je ne sais pas ce que je ferais. J’ai besoin qu’elle existe. Elle est mon repère. Sans elle, je serais perdu. »

7/Une lettre d’admiration à Lars Von Trier

Après avoir vu le film Breaking the Waves de Lars von Trier, Catherine Deneuve est totalement bouleversée. Elle écrit alors une lettre au réalisateur afin de lui exprimer son admiration et son désir de travailler avec lui.

Elle entend parler d’un projet qui consiste à filmer pendant vingt ans des acteurs différents : Catherine Deneuve lui exprime son intérêt à ce sujet. Lars von Trier lui répond alors que son projet est tombé à l’eau, mais lui propose en retour un rôle dans un projet de comédie musicale : Dancer in the Dark.

Maïlys GELIN

 

 



 

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