« Monstre sacré », « humblement perfectionniste », « acteur absolu », l’immense Michel Bouquet vient de nous quitter à l’âge de 96 ans (1925-2022).

Très prolifique au cinéma mais surtout au théâtre, Michel Bouquet n’a jamais cessé de monter sur scène, à tous les âges, considérant le théâtre comme sa religion. Après deux Molière et deux César, Michel Bouquet reçoit en 2014 le Molière d’honneur, remis par son ami de longue date, Fabrice Luchini.

Retour sur la carrière d’un comédien majeur, autour de sept petites anecdotes théâtrales et cinématographiques.

1/ Les débuts sur scène : deux rencontres fondamentales

En 1943, alors que sa mère le croit à la messe, Michel Bouquet vient frapper à la porte de Maurice Escande, alors sociétaire de la Comédie-Française, avec l’impétuosité de ses dix-huit ans. Il lui récite un poème d’Alfred de Musset et intègre ainsi le conservatoire, au côté de Gérard Philipe.

C’est là qu’il se fait repérer par Albert Camus et Jean Anouilh qui lui offrent ses premiers grands rôles sur les planches, dans Caligula et Roméo et Jeannette.

2/ Le roi se meurt : sa pièce fétiche

Des nombreux rôles que Michel Bouquet a endossé au théâtre, c’est la pièce Le roi se meurt d’Eugène Ionesco qu’il a le plus joué – devant son deuxième rôle favori, Argan, dans Le Malade imaginaire de Molière –, avec plus de quatre cents représentations.

Ce rôle de roi tourné en ridicule, qui n’accepte pas sa mort prochaine, lui vaut le Molière du meilleur comédien en 2005.

3/ Michel Bouquet, professeur

Des années soixante aux années quatre-vingts, Michel Bouquet est professeur au conservatoire. Il compte parmi ses élèves des comédiens aujourd’hui devenus célèbres, dont Muriel Robin, Jean-Paul Belmondo et Michel Fau. Tous, marqués par ses enseignements, lui vouent une profonde admiration.

En 2017, Michel Fau choisit Michel Bouquet pour le rôle d’Orgon, afin de lui donner la réplique dans sa mise en scène du Tartuffe de Molière. L’élève dirige ainsi son maître…

4/ Non à la Comédie-Française

À sa sortie du conservatoire, Michel Bouquet pourrait rentrer à la Comédie-Française mais préfère décliner la proposition. Il refuse ainsi d’y rentrer à trois reprises dans sa longue carrière, considérant qu’il ne peut jouer qu’une chose à la fois.

Trop perfectionniste, il a peur de se perdre dans une profusion de rôles et de ne pas pousser son interprétation au maximum. « J’ai besoin de jouer plusieurs fois le même rôle, explique-t-il. Et quand j’ai l’impression d’en avoir fait le tour, je dois le rejouer encore, parce que cela veut dire que je n’ai pas tout compris sur mon personnage. »

5/ Je ne suis pas Michel Bouquet

En 2019, le comédien Maxime d’Aboville monte sur scène pour incarner… Michel Bouquet, dans sa pièce Je ne suis pas Michel Bouquet. La pièce dresse un portrait intimiste et pudique du comédien, à travers une multitude de petites anecdotes sur l’homme et le comédien Michel Bouquet, à la fois comme leçon de théâtre et leçon de vie.

Le spectacle de Maxime d’Aboville puise notamment dans les cinq entretiens durant lesquels Charles Berling interroge Michel Bouquet, intitulés À voix nue.

6/ Du cinéma… « par inadvertance »

Contrairement à beaucoup d’acteurs, Michel Bouquet ne cherche jamais à faire carrière dans le cinéma. Et pourtant, il tourne dans plus de soixante-dix films, devant la caméra de grands réalisateurs comme François Truffaut, Claude Chabrol, Henri Verneuil, Alain Corneau ou encore Anne Fontaine. Il fait du cinéma « par inadvertance » comme il aime à le dire, parce qu’il ne sait pas dire non et qu’il joue quand on lui demande de jouer.

Pour Michel Bouquet, tourner devant une caméra impose à l’acteur trop de contraintes qui l’empêchent de se réinventer. « Si je suis concentré sur les objets, j’ai l’impression que ça me prive de la concentration pour ce que j’ai à faire avec le partenaire, confie-t-il ainsi. Je ne peux pas rajouter en plus les mouvements. Je ne peux pas… manger la carotte pour raccorder au plan d’avant, déposer après la fourchette sur telle réplique, et tout ça… Alors là, je ne peux absolument pas, parce que je réinvente à chaque prise. »

7/ Un très mauvais conducteur !

S’il y a bien une chose que Michel Bouquet déteste, c’est conduire. Il ne passe jamais son permis, « sans regret », et pourtant, il doit conduire à plusieurs reprises pour les besoins de différents films.

Sur le tournage d’Une femme infidèle de Claude Chabrol, il doit ainsi conduire Stéphane Audran dans une Mercedes flambant neuve. Il se décide alors à prendre des cours de conduite pendant deux mois pour se préparer à la séquence. Le jour du tournage, il rentre dans une voiture, qu’il faut rembourser à son propriétaire, et… dans la caméra !

Maïlys GELIN

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