L’actrice américaine Tippi Hedren, de son vrai nom Nathalie Kay Hedren, fête aujourd’hui ses 92 ans. Si son nom ne vous dit peut-être rien, il y a néanmoins de fortes chances pour que vous reconnaissiez ce doux visage cerclé de mèches blondes, associé – pour le meilleur et pour le pire – à Alfred Hitchcock.

Après un début de carrière dans le mannequinat, c’est Alfred Hitchcock qui la repère et lui offre son premier rôle au cinéma… et pas des moindres, puisqu’elle incarne le rôle principal de son très célèbre film Les Oiseaux, en 1963. Un an plus tard, rebelote, elle joue le rôle-titre dans Pas de printemps pour Marnie, au côté de Sean Connery.

Muse passagère du « maître du suspense », sa carrière ne décolle malheureusement jamais vraiment : Tippi Hedren se contente de quelques rôles mineurs de cinéma et de télévision. Et pour cause, Alfred Hitchcock l’aurait évincé de toutes les propositions de rôles qu’elle recevait des studios hollywoodiens, à la suite des refus catégoriques de son actrice de répondre favorable à ses avances.

Retour sur la vie et la carrière de Tippi Hedren, en quatre petites anecdotes cinématographiques.

1/ Un rêve qui vire au cauchemar

Lorsqu’elle reçoit un coup de fil de Universal Pictures en 1961, Tippi Hedren n’en revient pas : un mystérieux réalisateur hollywoodien l’a remarquée dans une publicité passée à la télévision et souhaite la rencontrer. La jeune mannequin n’est d’ailleurs pas au bout de ses surprises : le réalisateur en question n’est autre que le célébrissime Alfred Hitchcock !

Voyant en elle la future Grace Kelly, Hitchcock lui propose quelques mois plus tard le rôle principal du film qu’il prépare, Les Oiseaux, lui fait travailler son jeu de comédienne et transforme son apparence.

Mais l’euphorie de cette ascension inespérée ne dure pas longtemps : au fur et à mesure du tournage, le réalisateur britannique devient de plus en plus obsessionnel envers son actrice, en essayant notamment de l’embrasser dans sa limousine, puis en la faisant suivre par des membres de son équipe. Le tournage lui-même devient de plus en plus oppressant ; Tippi Hedren travaille dans des conditions toujours plus extrêmes, avec très peu de temps de repos.

Est-ce parce que Tippi Hedren refuse ses avances qu’il va l’éprouver, en utilisant de vrais oiseaux dans la scène finale du grenier ? Hitchcock lui aurait pourtant garanti que de faux oiseaux mécaniques serviraient à tourner cette scène. Mais l’actrice s’est retrouvée pendant cinq jours à se battre avec de véritables volatiles, manquant presque de perdre un œil. Constatant l’épuisement et le traumatisme de la jeune femme, un médecin ordonne de prendre une doublure pour finir la scène.

Si sa prestation sera pour finir saluée par la critique, Tippi Hedren dit : « Hitchcock a choisi une débutante pour le film à cause de ces conditions extrêmes de travail. »

2/ Pas de printemps pour… Tippi

En 1964, Alfred Hitchcock prépare le tournage d’un autre de ses grands succès, Pas de printemps pour Marnie (Marnie étant la contraction des prénoms de ses deux personnages féminins précédents : Marion dans Psychose et Mélanie dans Les Oiseaux).

Il propose, en premier lieu, le rôle à Grace Kelly, qui s’est pourtant retirée du monde du cinéma après son mariage avec le prince de Monaco, Rainier III. Cette dernière hésite mais le rôle proposé par Hitchcock étant celui d’une cleptomane, la principauté s’y oppose fermement.

Hitchcock propose alors le rôle à Tippi Hedren qui, malgré les tensions du tournage précédent, accepte, trouvant le rôle de Marnie particulièrement bien écrit. Elle ne peut d’ailleurs que difficilement refuser, étant sous contrat avec le réalisateur pour une durée de sept ans.

Mais alors que Tippi Hedren officialise ses fiançailles avec son agent Noel Marshall, Alfred Hitchcock l’aurait sévèrement réprimandé tout en continuant de la harceler, jusqu’à effectuer des attouchements. L’actrice le traite de « gros porc » sur le plateau et, à partir de là, Hitchcock ne s’adresse plus jamais à elle directement, utilisant d’autres acteurs pour lui faire parvenir les instructions.

C’est, bien évidemment, leur deuxième et dernière collaboration. Mais l’ombre du réalisateur continue de planer sur sa carrière pendant quelques années encore ; du fait de son contrat qui la lie au réalisateur, Hitchcock se débrouille pour refuser toutes les offres qu’il reçoit pour elle.

Elle ne raconte que tardivement sa relation tumultueuse avec le réalisateur, dans sa biographie Tippi : A Memoir,parue en 2016. Elle écrit notamment : « Il a ruiné ma carrière, mais je ne lui ai jamais donné le pouvoir de ruiner ma vie. »

3/ Chaplin, une nouvelle petite déception

En 1967, Charlie Chaplin contacte Tippi Hedren pour son prochain film, La comtesse de Hong Kong, et lui propose un rôle, sans lui divulguer le scénario, de peur qu’il y ait des fuites dans la presse.

Tippi Hedren accepte parce que… Qui dirait non à Charlot ?

Mais l’actrice se retrouve bien vite déçue à son arrivée à Londres, pour le tournage : elle n’a qu’un petit rôle, qui n’apparaît qu’à la fin, dans quatre petites scènes. Malgré sa troublante beauté diaphane, elle se retrouve largement éclipsée par les têtes d’affiche : Marlon Brando et Sophia Loren.

Le film est un échec cuisant, critique et commercial. De son côté, c’est l’ultime collaboration avec un réalisateur prestigieux : sa carrière a commencé sous les meilleurs et les plus fulgurants auspices ; elle s’arrête hélas aussi nette.

4/ Le film le plus dangereux de l’histoire du cinéma

Un film de sa carrière mérite d’être cité malgré tout, non pas pour sa qualité, mais pour son originalité, pour ne pas dire sa dangereuse bizarrerie. Il s’agit de la production familiale Roar, sorti en 1981 et réalisé par son mari Noel Marshall, dans lequel il joue aux côtés de sa femme et de ses enfants.

Le film est né de l’amour du couple pour les fauves, côtoyés lors d’un tournage en Afrique. De retour dans leur ranch en Californie, Tippi Hedren et Noel Marshall adoptent… une centaine d’animaux sauvages non apprivoisés ! Entre fiction et documentaire, le film raconte leurs rapports avec ces animaux : lions, tigres, guépards… Tous vivent en liberté, sans aucune utilisation d’effets spéciaux.

Si la production s’amuse à répéter : « Aucun animal n’a été maltraité pendant ce tournage », on ne peut pas en dire autant pour les êtres humains, puisque soixante-dix membres de l’équipe ont connu des accidents causés par les bêtes sauvages. C’est ainsi que Noel Marshall développe une gangrène à la suite d’une morsure de lion, que la fille de Tippi Hedren, Mélanie Griffith, doit faire de la chirurgie esthétique à la suite de profondes griffures au visage, et que le chef opérateur, Jan de Bont, s’en sort avec plus de deux cents points de suture.

Ce film est aujourd’hui encore considéré comme le film le plus fou et le plus dangereux de l’histoire du cinéma.

Maïlys GELIN

 

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