Avoir l’œil c’est bien, en avoir un beau c’est encore mieux, savoir raconter une histoire avec est la consécration. Telle serait sans doute la condition préalable pour devenir directeur de la photographie, ou chef opérateur.

FICHE-MÉTIER

Ce métier est un art de la lumière, de la composition et de la narration par l’image. Ainsi le place-t-on au premier rang des collaborateurs du cinéaste. C’est dire son importance ! Le chef opérateur est indispensable à l’œuvre d’un film. Comment le devenir et pourquoi ? Tour d’horizon de cette profession.

Vittorio Storaro, qui a notamment travaillé avec Bernardo Bertolucci et Francis Ford Coppola, expliquait : « Quand les gens me disent que je suis un peintre de la lumière, je réponds que non, parce qu’un peintre ne s’exprime qu’en une seule image, comme un photographe. Un directeur de la photo, lui, doit concevoir et écrire une histoire, du début à la fin, en suivant toutes les étapes. C’est pourquoi j’estime que ma profession est plutôt celle d’un écrivain de la lumière. »

En France, d’excellentes formations offrent la possibilité d’exercer ce magnifique métier artistique. Mais avec de la persévérance et une bonne d’ose d’adaptabilité, il est également possible de passer outre pour savoir écrire cette partition de lumière et en faire sa profession.

Appellations

Directeur de la photographie, directeur photo, DP, chef opérateur, chef op’

Définition

Le directeur de la photographie (DP) est responsable de la qualité artistique et technique de l’image du film, c’est-à-dire de tout ce qui a trait à sa fabrication, et de la cohérence des moyens mis en œuvre pour réaliser ces images, dans le cadre des conditions économiques de la production. Il est choisi par le réalisateur, parfois par le producteur, pour ses compétences et son savoir-faire, son sens artistique et ses aptitudes à concevoir et réaliser les images qui conviennent au scénario et à la mise en scène.

Il doit donc maîtriser les techniques de prises de vue et savoir proposer des plans pertinents. Il est ainsi partie prenante du découpage du film, collabore au repérage des lieux de tournage et est impliqué dans les choix du reste de l’équipe technique. Ses qualités relationnelles et sa capacité à diriger une équipe sont enfin hautement requises. S’il est considéré comme technicien, sa fibre artistique est essentielle pour créer l’atmosphère à l’écran, jouer avec les couleurs, la lumière, savoir les harmoniser et les utiliser selon l’histoire. De lui dépend l’esthétique du film.

Qualités pour accéder à ce métier

Jonathan Ricquebourg, figure montante dans le métier, rappelle les fondamentaux pour prétendre à exercer ce métier. « Ce n’est pas un travail de solitaire et il faut savoir diriger une équipe. » Un aspect que le directeur de la photo italien Giovanni Lorusso souligne également. « Le principe de collaboration est essentiel : aucun cerveau n’est assez bon tout seul et le cinéma ne déroge pas à cette règle. Cela concerne les réalisateurs, mais aussi les directeurs de la photo. »

Ensuite, il faut « être capable de mettre des mots sur une sensation, de traduire techniquement quelque chose de l’ordre de l’affect ou de l’émotion », explique Jonathan Ricquebourg. En effet, pour Giovanni Lorusso « la beauté est facile à créer, surtout avec l’imagerie numérique. Mais un langage significatif et grammaticalement sain est une chose auquel un bon DP devrait toujours aspirer, quel que soit le projet ».

Il faut donc être « persévérant et patient car la concurrence est forte, audacieux et curieux aussi, avoir envie de découvrir des choses singulières, estime Jonathan Ricquebourg. Il est important de nourrir régulièrement cette curiosité car il n’y a rien d’acquis, au niveau technique d’abord mais en regardant aussi ce qui se passe en dehors du cinéma. Enfin, il est nécessaire d’être ouvert et rapide. » En somme, beaucoup de responsabilités pèsent sur lui.

Ayant exercé en Australie, en Angleterre, au Cambodge ou encore au Japon avant de s’installer à Paris, Giovanni Lorusso considère par ailleurs que le voyage est incontournable. « Un incroyable directeur de la photo, Chris Doyle, a dit un jour que vous ne pouvez pas être directeur de la photo si vous n’avez pas vu le monde. C’est d’une grande importance dans cette carrière : la connaissance du monde et des hommes est la compétence la plus fondamentale. Chaque fois que je suis sur un plateau, ce que j’ai envie est de l’exprimer à travers le cadrage et la composition. »

Formations

Les formations pour y accéder après le baccalauréat durent de deux à cinq ans. Il faut effectivement deux ans pour obtenir un BTS métiers de l’audiovisuel, option métiers de l’image, ou un diplôme d’écoles en audiovisuel, et cinq ans pour un diplôme de niveau master (en arts et techniques de l’image et du son, en audiovisuel et multimédia ou en cinéma et audiovisuel). Il existe également des écoles privées dont les plus connues sont l’ESRA, Les Gobelins ou encore les 3S. Néanmoins, les voies royales pour se former restent les diplômes de la Fémis, spécialisation image ou cinéma, de l’ENS Louis-Lumière, section cinéma ou photographie, et de la Ciné Fabrique : l’ENS cinéma de Lyon. Elles sont accessibles sur concours à partir de Bac+2.

École : ENS Louis Lumière, La Fémis, ESRA section Image, BTS Audiovisuel option Image…

Débouchés

Le directeur de la photographie peut évidemment travailler dans le cinéma, mais aussi dans tous les secteurs de l’audiovisuel, à savoir la publicité, la télévision ou encore le milieu du spectacle vivant qui tend à s’allier au monde de l’image. S’il est plus rare qu’un DP passe à la réalisation, cela peut néanmoins arriver, d’autant qu’il travaille de très près avec le réalisateur lors des tournages.

Perspectives d’avenir

Si le directeur de la photo parvient à être reconnu par une société de production, celle-ci peut devenir un employeur sur le long terme. Ensuite, il est nécessaire de développer son réseau, de faire preuve d’ouverture d’esprit, d’adaptation et de curiosité pour pouvoir travailler avec des réalisateurs. Le champ de l’audiovisuel est vaste puisqu’il recouvre les téléfilms, les documentaires multiples, les émissions et enfin les œuvres distribuées au cinéma, long-métrages de fiction ou documentaires. Le domaine musical fait également appel à des DP, pour la réalisation de clips et la publicité. Étant donné l’omniprésence de l’image actuellement, il y aura toujours besoin de bons chefs opérateurs. Certains débutent directement en tant que chef op principal. Mais la plupart du temps, un débutant commence d’abord à travailler sur de petits projets ou en tant que stagiaire sur un gros tournage. Puis il pourra être cadreur, deuxième assistant et enfin premier assistant chef op. À lui ensuite de se forger une réputation de travailleur efficace.

Métiers liés

Photographe – Monteur – Assistant réalisateur

Salaires

Le salaire évolue évidemment au long de la carrière. Rémunéré à la mission, un chef opérateur débutant peut gagner entre 1 100 et 2 250 € net/semaine, soit de 3 400 à 7 000 € net/mois selon la convention collective. Pour un DP plus confirmé, le salaire évolue en fonction de l’expérience et de la renommée, selon le budget de la production.

Les conseils d’un professionnel

Après s’être formé à l’ENS Louis-Lumière, Jonathan Ricquebourg a travaillé avec le réalisateur espagnol Albert Serra pour La mort de Louis XIV, avec Pierre Trividic et Patrick Mario pour L’angle mort (sélection ACID 2019 à Cannes) ou encore avec Marta Bergman pour Seule à mon mariage (sélection ACID 2018 à Cannes). Il livre ses conseils à ceux qui s’intéressent à ce métier.

« J’ai un parcours assez atypique, débuté par un BTS audiovisuel, suivi d’une licence à Paris III. Ensuite, après une année à l’étranger à Prague, à l’université et à la FAMU, je rate une première fois le concours de Louis-Lumière, que je réussis l’année suivante. Je deviens directeur de la photographie directement après en être sorti, grâce à des rencontres faites avant d’y entrer. Le fait d’en sortir a évidemment rassuré la production avec laquelle j’ai travaillé en premier. Mais la rencontre à laquelle je dois d’avoir commencé ce métier date de l’université. C’est une réalisatrice pour qui j’ai travaillé à l’occasion d’un court-métrage, une fois à l’ENS. Grâce à elle, je rencontre un réalisateur pour un long-métrage. Jean-Charles Hue est le premier à me faire confiance (Mange tes morts, 2014).

Les rencontres, c’est une chose ; les compétences et l’apprentissage en sont une autre. Il faut les deux. Je ne peux pas vous dire que sans Louis-Lumière, je serais là où j’en suis. Son parcours académique couplé à un apprentissage très précis m’a aidé dans le travail que j’ai fait. J’y ai appris énormément de choses. Donc, oui, je recommande à quelqu’un qui veut faire ce métier de se former à Louis-Lumière, à la Fémis ou encore à La Fabrique à Lyon, qui sont des accélérateurs de carrière.

Ensuite il faut savoir dire non, et donc être exigeant, pour faire valoir la valeur de son travail. À partir d’un certain bagage, ce n’est pas normal de se voir proposer un poste de stagiaire par exemple. C’est un métier où l’on n’est pas encadré par une entreprise ; le cadre est flou et demande une exigence personnelle, de prendre confiance en soi. Il y a peu, un film sur lequel j’ai travaillé était en salles, L’Angle mort : c’est mon onzième film et j’ai pourtant l’impression que les deux metteurs en scène m’ont énormément apporté, tant du point de vue du cinéma que de celui humain. Il faut être très à l’écoute, car chaque projet est différent et permet d’apporter des réponses nouvelles aux questions.

L’adaptabilité dans ce métier est à 200 %. S’intéresser au travail des autres, apprendre d’eux est également très important pour pouvoir travailler durablement. C’est là que les propositions émergent. Être toujours confronté à des expériences nouvelles est justement ce qui est plaisant dans le métier. »

Témoignage

Suite à une formation théorique en cinéma, littérature et philosophie à Rome, Giovanni Lorusso s’est formé au cinéma en Australie avant d’entamer une carrière à l’internationale. Il a travaillé pour des réalisateurs de long-métrages, pour des publicités ou encore des clips musicaux.

Giovanni Lorusso (DR)

Giovanni Lorusso (DR)

« Mon parcours est un peu différent de celui des techniciens plus qualifiés dans ce domaine. Je me suis formé conjointement en littérature, en philosophie et en théâtre à La Sapienza de Rome, puis au cinéma à la Sidney Film School. Je continue de m’intéresser à chacun de ces domaines. Pour cette raison, j’ai développé une vision plus artistique et moins technique de ce métier, ce qui, comme je l’ai découvert, n’est pas si anormal : de nombreux directeurs de la photo ont des antécédents dans des domaines autres que le cinéma. Généralement, cela ne permet pas d’obtenir une accréditation, car elle est généralement réservée aux experts en technique. Mais nous participons souvent plus activement à l’élaboration d’un film en ajoutant et en améliorant la qualité artistique de l’idée du réalisateur.

Au cours de ma carrière, j’ai vraiment dû construire, dans les œuvres que j’ai faites, la « grammaire visuelle d’un concept ». À ce titre, mes recherches sont toujours la composante principale de mon travail ; au-delà de mes voyages, de ma présence régulière en salle, je passe en moyenne deux jours par semaine en bibliothèque pour étudier et approfondir les projets pour lesquels on me sollicite. Je partage mon temps entre mes travaux personnels (films expérimentaux et photographies) et mon métier de directeur de la photo. »

Pour aller plus loin…
– Association française des directeurs de la photographie cinématographique (AFC) : site internet.
Écrire par l’image – Directeurs et directrices de la photo, coordonné par N. T. Binh et Jean-Paul Figasso, éd. Impressions nouvelles, septembre 2019.
Métier : directeur de la photo – Quand les maîtres du cinéma se racontent, éd. Dunod, 2014
– Le documentaire La lanterne chinoise, réalisé par Franck Dalmat sur sa carrière de directeur de la photo.

Louise ALMÉRAS

 



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