Un fils est un premier film très réussi, tout en tension entre morale familiale et questionnement politique, témoin de la vitalité du cinéma tunisien contemporain.
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En 2011, année de la révolution tunisienne, Fares (Sami Bouajila), Meriem (Najla Ben Abdallah) et Aziz (Youssef Khemiri), leur fils de neuf ans, membres d’une famille aisée et moderne, se rendent à Tataouine, une petite ville du sud du pays non loin de la frontière libyenne. Juste avant d’arriver,  des terroristes attaquent le fourgon de police qui les précède. Le fils se prend une balle perdue. Son pronostic vital est alors engagé.

Presque entièrement tourné comme un huis clos à l’intérieur de l’hôpital, ce drame de Mehdi Barsaoui nous questionne sur notre moralité. Pour sauver son fils d’une mort probable, le père s’engage, en fermant plus ou moins les yeux, dans une histoire louche. Tout en tension, ce film cherche à faire craquer le vernis de civilisation que nous portons en le confrontant à l’urgence de la mort d’un proche. Entre ses principes et la nécessité de défendre sa famille, le père est acculé à choisir ce qui à ses yeux est la moins mauvaise des solutions.

Mais ce n’est pas tout. En effet, suite à une recherche de groupe en vue d’une greffe de foie qui pourrait sauver la vie d’Aziz, le père apprend que celui-ci n’est pas son fils. Le film prend alors une tournure sociale et pose la question de la place de la vie amoureuse des femmes dans une société patriarcale où l’adultère est un délit coupable de cinq ans de prison. Question qui interpellait déjà un autre réalisateur tunisien, Sami Bouajila, dans le film Noura Rêve que nous avions chroniqué à sa sortie. Le portrait du délitement de la famille devient celui du pays entier et ce « thriller conjugal » prend alors une dimension nettement politique. Comment gérer les troubles liés à un bouleversement ?

Tourné le plus souvent caméra à l’épaule, le filmage du parcours des personnages nous fait participer à leur angoisse, d’autant plus que le réalisateur sait garder la caméra fixe sur des temps d’attente qui deviennent alors anxiogènes. Nous passons donc du portrait d’une famille joyeuse et quasi fusionnelle au début du film à la description d’êtres tourmentés et solitaires dans sa deuxième partie. Autre point fort du film, l’écriture précise de son scénario qui aide à ce que, malgré la multiplicité des thèmes abordés, le spectateur n’ait jamais l’impression que le réalisateur veut en montrer trop, ce qui est pourtant l’un des défauts récurrents des premiers films.

Au final Un fils est une primo-réalisation très réussie, témoin de la vitalité du cinéma tunisien contemporain.

Laurent SCHÉRER

 



Mehdi Barsaoui, Un fils, France – Tunisie, 2020, 95min

Sortie : 11 mars 2020

Genre : drame

Avec Sami Bouajila, Najla Ben Abdallah, Youssef Khemiri, Noomen Hamda, Slah Msadek, Qassine Rawane, Jihed Cherni, Med Ali Ben Jamaa

Musique : Amine Bouhafa

Photographie : Antoine Héberlé

Distribution : Jour2Fête

En savoir plus sur le film avec CCSF : Un fils

 



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